Moustaches

Aziz Rouhou/ Narcisse de Sonia Chamkhi

 

Affiche A3 Narcisse

Synopsis : Hind, jeune comédienne de 30 ans, incarne le premier rôle dans une pièce théâtrale mise en scène par son mari Taoufik. La pièce s’inspire du vécu tragique de Hind et de son frère cadet, Mehdi, un célèbre chanteur homosexuel. Tous les deux ont été opprimés par leur frère aîné, jeune homme délinquant qui a versé dans l’intégrisme religieux.

Alors que Mehdi est tiraillé entre son amour clandestin et la perspective de se marier, Hind décide d’affronter son présent et de révéler les secrets enfouis du passé. Elle réalise que pour pouvoir vivre, elle se doit de rompre le cercle vicieux qui la maintenait prisonnière du ressentiment, de la frustration des autres et de leur violence.

 

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l'homme du cépuscule 

                                                                                     Roman : L’exil est son royaume

                                                      Dans son deuxième ouvrage, L’Homme du crépuscule,                   Sonia Chamkhi marche sur les traces d’Iteb : un jeune Tunisien égaré en Europe et perdu chez lui.

L’homme du crépuscule, c’est Iteb, jeune Tunisien qui rejoint son père dans une ville du nord de l’Europe. Cet exil, il ne l’a jamais rêvé et pas vraiment choisi, il lui est imposé par sa mère, furieuse d’avoir été abandonnée par son mari. Elle lui envoie son fils qu’elle semble juger tout autant coupable de la faute paternelle. Difficile de commencer plus mal : Iteb est casé en pension, négligé par son père qui voudrait pourtant qu’il fasse une brillante carrière. Il n’en sera rien. Malgré un diplôme honorable, Iteb se retrouve gardien de parking, il arrive à peine à vivre. Son frère le rejoint et commence par brûler la vie par les deux bouts avant de sombrer dans la dépression, sans qu’Iteb puisse l’empêcher de plonger.

Racisme, pauvreté, égoïsme et indifférence des siens, Iteb s’avère incapable de trouver une place que personne ne lui fait. S’il tient, c’est grâce aux souvenirs sucrés de ses jeunes années tunisiennes : le soleil, la plage et son amour d’enfance, Leila. « Je veux retrouver ces temps-là, les coquillages sous nos pieds alors que nous courions sur le rivage, le chemin de sable qui nous menait, main dans la main, au vendeur de beignets de Kheireddine, les rires des enfants de notre âge qui nous taquinaient, qui pointaient leur index vers nous et nous demandaient : vous vous aimez ? (…) Ma nostalgie se déroulait à mes pieds »Malheureusement, les retours au pays ne se passent pas bien, la mère de Leila refuse qu’il épouse sa fille, alors que les contradictions et secrets de sa famille à lui éclatent au grand jour. Finalement, Iteb réalise qu’il n’a jamais connu que l’exil, même lorsqu’il était encore au pays. A cause de sa peau noire, des origines de son père, des mensonges tissés depuis des années et qui ont entravé les siens ; auprès même de sa propre mère dont l’affection est rare et pétrie par trop de non-dits.

 

Oum Kalsoum en bande son

L’écriture de Sonia Chamkhi, précise et sensuelle, raconte aussi bien la poisse de la solitude que la douceur du littoral, le froid mordant de l’Europe autant que les tourments et les angoisses d’un jeune homme perdu. La mélancolie qui accompagne le roman est entretenue par les refrains des chansons d’Oum Kalsoum. C’est par amour de la diva qu’Iteb apprend l’oud en autodidacte, l’instrument lui permettra de trouver une sorte de famille d’accueil dans un cabaret oriental de Bruxelles où il est « chanteur de l’aube et de seconde catégorie » pour une audience de « petites gens au parcours en lambeaux mais qui font du moment présent une philosophie de vie. Lorsqu’ils sont saouls, ils sont fragiles comme des enfants et ils s’émeuvent de la moindre note, de la plus humble des paroles ». C’est quand il se décide à affronter la vérité de ses origines, qu’Iteb se trouve finalement et peut s’inventer un destin.

Dans ces pages, il accroche aussi son histoire personnelle à la révolution tunisienne : « Je suis exilé et pauvre, j’ai laissé derrière moi un amour au goût de l’absolu et un pays entier où je n’avais pas ma place. Mais je suis également plus que cela. Mes racines ce sont mes désirs indomptables de vivre et mes rêves obstinés, je fais partie de cette minorité qui possède le privilège insensé d’être née pour les mener jusqu’au bout. Sans elle, le monde n’aurait ni poètes, ni musiciens, ni révolutionnaires, ni la moindre grandeur ». En 2008, Sonia Chamkhi publiait La Femme de l’aube, primé à plusieurs reprises. A travers l’histoire et les lettres de Leila, s’esquissait, en creux, un portrait de l’aimé absent, Iteb. Dans L’Homme du crépuscule, c’est l’absent qui prend la parole, forge des mots et livre les clés de sa propre histoire : un champ contre champ émouvant à plusieurs années d’intervalle.

Stéphanie Wenger  (Al-Ahram Hebdo du 27/3/2013

Sonia Chamkhi, L’Homme du crépuscule, Arabesques. Tunis, 2013

 

                                                                                         Roman : L’exil est son royaume

                                                                                          Dans son deuxième ouvrage,     L’Homme du crépuscule, Sonia Chamkhi marche sur les traces d’Iteb : un jeune Tunisien égaré en Europe et perdu chez lui. 

 

 

L’homme du crépuscule, c’est Iteb, jeune Tunisien qui rejoint son père dans une ville du nord de l’Europe. Cet exil, il ne l’a jamais rêvé et pas vraiment choisi, il lui est imposé par sa mère, furieuse d’avoir été abandonnée par son mari. Elle lui envoie son fils qu’elle semble juger tout autant coupable de la faute paternelle. Difficile de commencer plus mal : Iteb est casé en pension, négligé par son père qui voudrait pourtant qu’il fasse une brillante carrière. Il n’en sera rien. Malgré un diplôme honorable, Iteb se retrouve gardien de parking, il arrive à peine à vivre. Son frère le rejoint et commence par brûler la vie par les deux bouts avant de sombrer dans la dépression, sans qu’Iteb puisse l’empêcher de plonger.

Racisme, pauvreté, égoïsme et indifférence des siens, Iteb s’avère incapable de trouver une place que personne ne lui fait. S’il tient, c’est grâce aux souvenirs sucrés de ses jeunes années tunisiennes : le soleil, la plage et son amour d’enfance, Leila. « Je veux retrouver ces temps-là, les coquillages sous nos pieds alors que nous courions sur le rivage, le chemin de sable qui nous menait, main dans la main, au vendeur de beignets de Kheireddine, les rires des enfants de notre âge qui nous taquinaient, qui pointaient leur index vers nous et nous demandaient : vous vous aimez ? (…) Ma nostalgie se déroulait à mes pieds »Malheureusement, les retours au pays ne se passent pas bien, la mère de Leila refuse qu’il épouse sa fille, alors que les contradictions et secrets de sa famille à lui éclatent au grand jour. Finalement, Iteb réalise qu’il n’a jamais connu que l’exil, même lorsqu’il était encore au pays. A cause de sa peau noire, des origines de son père, des mensonges tissés depuis des années et qui ont entravé les siens ; auprès même de sa propre mère dont l’affection est rare et pétrie par trop de non-dits.

 

Oum Kalsoum en bande son

L’écriture de Sonia Chamkhi, précise et sensuelle, raconte aussi bien la poisse de la solitude que la douceur du littoral, le froid mordant de l’Europe autant que les tourments et les angoisses d’un jeune homme perdu. La mélancolie qui accompagne le roman est entretenue par les refrains des chansons d’Oum Kalsoum. C’est par amour de la diva qu’Iteb apprend l’oud en autodidacte, l’instrument lui permettra de trouver une sorte de famille d’accueil dans un cabaret oriental de Bruxelles où il est « chanteur de l’aube et de seconde catégorie » pour une audience de « petites gens au parcours en lambeaux mais qui font du moment présent une philosophie de vie. Lorsqu’ils sont saouls, ils sont fragiles comme des enfants et ils s’émeuvent de la moindre note, de la plus humble des paroles ». C’est quand il se décide à affronter la vérité de ses origines, qu’Iteb se trouve finalement et peut s’inventer un destin.

Dans ces pages, il accroche aussi son histoire personnelle à la révolution tunisienne : « Je suis exilé et pauvre, j’ai laissé derrière moi un amour au goût de l’absolu et un pays entier où je n’avais pas ma place. Mais je suis également plus que cela. Mes racines ce sont mes désirs indomptables de vivre et mes rêves obstinés, je fais partie de cette minorité qui possède le privilège insensé d’être née pour les mener jusqu’au bout. Sans elle, le monde n’aurait ni poètes, ni musiciens, ni révolutionnaires, ni la moindre grandeur ». En 2008, Sonia Chamkhi publiait La Femme de l’aube, primé à plusieurs reprises. A travers l’histoire et les lettres de Leila, s’esquissait, en creux, un portrait de l’aimé absent, Iteb. Dans L’Homme du crépuscule, c’est l’absent qui prend la parole, forge des mots et livre les clés de sa propre histoire : un champ contre champ émouvant à plusieurs années d’intervalle.

 

Stéphanie Wenger  (Al-Ahram Hebdo du 27/3/2013

 

Sonia Chamkhi, L’Homme du crépuscule, Arabesques. Tunis, 2013

 

 

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Voilà une semaine que les responsables de la bibliothèque régionale de Kébili  m’ont remis le roman « L’homme du crépuscule » de Sonia Chamkhi.  Je viens de le lire deux fois. Ma première impression est que ce roman est un chef- d’œuvre. Il me rappelle les œuvres des grands romanciers des siècles passés ( XVIIè, XVIIIè et XIXè) à savoir les «  Lettres Persanes » de Montesquieu (Roxane et Usbek), « la Nouvelle Héloïse » de Rousseau (Julie et Saint Preux), « Madame Bovary » de Flaubert (Emma et Charles), « L’étranger » de Camus (Mersault et Marie) , «La nuit sacrée » de Ben Jalloun ( Zahra et Ahmed). Pour moi, « l’homme du crépuscule » devra être classé parmi ces œuvres littéraires.

           Ce roman est un ouvrage d’actualité. L’auteure, cherche à nous présenter un chef-d’œuvre de tristesse et de souffrance, de racisme et de discrimination, d’amour et de haine, de croyance et de tolérance, de mœurs et de traditions… Ce qui distingue  ce roman :

1-   La singularité au niveau de la complexité de ses personnages

  • ITEB/ SLAH : personnage principal, noir de peau, ses aïeuls originaires d’ ARRAM. Sa mère le force à rejoindre sans père dans la Grande ville du Nord pour l’acculer à s’occuper de son fils. Il l’inscrit dans l’internat d’un lycée dans une ville fantôme. Malgré la solitude, l’exil, le racisme, la souffrance, la lâcheté du père, Slah réussit son diplôme de technicien en informatique. Il devient gardien dans un parking, musicien, chanteur dans un cabaret mais il reste toujours étranger, un musulman à peine toléré et amant corps et âme de Leila toute sa vie :  « les souvenirs me cernaient. Leila m’assiégeait.  Le grain de son visage. La forme de ses ongles. L’ovale des ses poignets. La courbe de ses paupières et son regard de captive consentante à la moindre mesure que je fredonne. » p 108.
  • LEILA : métisse, d’une famille pauvre, appartient à la communauté noire de la petite ville kheïreddine. Femme cultivée, enseignante dans le lycée de Chorbène, activiste, charismatique, tenace, forcée par sa mère à se marier d’un blanc qu’elle n’aime pas. Elle trahit son amour d’enfance pour « une histoire de peau, de sang, de racines arrachées, de terre abandonnée.» p 73.
  • LE PERE DE ITEB : radin, flambeur, joueur et amateur de chevaux, lâche. Il aime les femmes blanches, riches et âgées mais il tient à ce que son fils étudie dans les grandes écoles de la Grande Ville. Il réalise son rêve le plus fou en s’occupant des chevaux avec une nouvelle femme riche.
  • LA MERE DE SLAH : Une femme qui croit à son origine turque. Mondaine, hautaine, rancunière. Elle n’aime pas la famille de son mari mais elle est distinguée, éloquente et convaincante.
  • LA SOEUR DE ITEB : HOUDA, amie de Leila, âgée de trente et un ans. Elle croit aux sains et aux marabouts de toutes les confréries réunies.
  • LA MERE DE LEILA : Khalti Néjia, une femme blanche et de famille pauvre. Elle est en désaccord avec la mère de Slah et force sa fille Leila, métisse, à se marier d’un blanc alors que son mari est noir de peau.

2-   L’étrangeté  sur le plan de l’espace où se déroulent les évènement et les actions de la narration : deux lieux distincts (la Grande Ville du pays du Nord et la petite ville du sud kheïreddine) où se passent les mêmes presque évènements, actions et transformations. Les faits se répètent. Les thèmes s’imposent : amour, haine, racisme, discrimination, éclatement, explosion, solitude, trahison, désespoir… ITEB/SLAH s’isole, s’évade, s’enfuit vers des espaces naturels, religieux,  musicaux : ruelles, bois, mer, mosquée, cabaret, institut de musique, amour de Leila…L’évasion de SLAH lui permet d’être seul. La solitude nous libère des objets et des gens. Elle cultive le rêve, enrichit la pensée, embellit le monde. C’est un moment propice à la créativité.

3-   L’originalité se distingue dans la narration descriptive employée par l’auteure : la description narrative constitue un temps « mort » dans le récit. Le passage de la narration à la description implique des changements au niveau des temps verbaux, des champs lexicaux, des connecteurs et des figures rhétoriques. Sonia CHAMKHI montre une capacité inouïe à caractériser les personnages, les objets et les paysages.  Pour valoriser la description, elle emploie plusieurs procédés d’écriture et de nombreuses figures de style. Le dernier paragraphe, P.12 du roman illustre ces procédés :

             « Je marche sur la terre de mon exil. Je ne suis pas d’ici. Je suis déplacé, rapporté, ni incorporé, ni proscrit. J’ai choisi mon territoire. Inter. Entre. Une suite de bordures. Une dépression. Une crête. Je porte la tête haute sur les épaules. J’ai des frissons à cause du froid mais ma gorge est encore chaude. Elle est un chant, une transe, une procession. Un effleurement, une accolade, une danse de Abid. »

1-   Le « Je » accablé de tristesse, de souffrance, de dépression révèle un monologue du narrateur pour exprimer sa détresse, son amour, son exil, sa solitude…

2-   Les figures de style employées par l’auteure  sont axées sur la comparaison et la métaphore :

« J’ai des frissons à cause du froid mais ma gorge est encore chaude. Elle est un chant, une transe, une procession. Un effleurement, une accolade, une danse de Abid. »

L’énumération s’avère aussi distincte.

3-    Les outils syntaxiques sont constitués du présent et de l’imparfait de l’indicatif tout le long du roman pour rendre compte d’un état permanent.

4-   Les sentiments sont exprimés syntaxiquement par la juxtaposition des phrases courtes ayant le même sens :

« Je suis déplacé, rapporté, ni incorporé, ni proscrit. J’ai choisi mon territoire. Inter. Entre. Une suite de bordures. Une dépression. Une crête. »

      Ces procédés d’écriture et ces figures de style permettent de mettre en valeur l’amertume sentimentale d’Iteb/ Slah.

5-   Reste à dire que ce roman renferme plusieurs champs lexicaux qui produisent par leur rapport logique le malheur et le désespoir des personnages : amour, discrimination, chant, musique, trahison, désespoir, suicide…

6-   Dans ce roman Sonia CHAMKHI adopte les tonalités lyrique, pathétique et tragique pour communiquer au lecteur les sentiments, les émotions et les états d’âme de son héros, Iteb/Slah. Elle décrit des scènes, des situations qui inspirent au lecteur la forte dépression du personnage. Le ton tragique valorise la pluralité des thèmes évoqués.

7-   Au terme du roman l’auteure se présente comme porte-parole de son époque voire l’écrivain-phare en consacrant le dernier chapitre ou épisode de son oeuvre à la révolution du 14 Janvier.

Avant de clore cette lecture, il est important de dire que ce roman se montre singulier, particulier et original dans son histoire, son style et la pluralité des ses thèmes maintenue dans une cohérence narrative et stylistique remarquable.

                                                                     Miloud JALLEB

(Bibliothèque de Kébili, samedi 16 février 2013)