2010 in review
janvier 2, 2011
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mon book et mes photos October 2007
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YA SOLTAN EL MEDINA de Moncef Dhouib March 2008
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L’ART DU MEZOUED, UNE HISTOIRE MÉCONNUE July 2010
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Films de Cinéastes Femmes Tunisiennes et Modernité (II) May 2010
L’art informel du signe et le débat identitaire arabe March 2008
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Avant-première de l’art du Mezoued de Sonia Chamkhi, au CinemAfricart, le samedi 14 août à 21H30
août 13, 2010
Nées dans les Faubourgs pauvres et marginalisés; enfants de l’exode rural qui entassa leurs parents aux portes de la médina noble, bourgeoise et sacrée, à Bab Jedid et Bab Laqouess, et aux alentours encore plus démunis de Jebel Lahmer et de Mellassine, ils ont porté leur instrument, la cornemuse (mezoued), et le Mezoued, le chant populaire qui, par métonymie, en porte le nom, aux diapasons.
Certains ont connu l’épreuve de l’alcool, de la drogue ou de la prison. Tous ont du vaincre la pauvreté, le mépris social et plus encore l’exclusion commise par l’establishment musical et l’intelligentsia tunisiens des années 70 et 80.
Certains sont devenus des vedettes consacrées à l’instar de Salah Farzit, étoile des années 70 qui compte des dizaines de tubes trans-générationnels. Étoile, aujourd’hui déchue, malgré l’immense répertoire et l’indiscutable talent.
Quelques-uns ont traversé toutes les crises et continuent à connaître la consécration si ce n’est le vedettariat, tels que Hédi Donia et Hédi Habouba.
Nombreux sont ceux qui ont sombré dans l’oubli, à l’instar de Moustapha Gattel Essid, aujourd’hui, l’un des derniers détenteurs de la Silsila, la chaîne de noubas dévotionnelles, version sacrée du Mezoued, dédiée à la louange des Saints, jadis largement diffusée à Tunis, y compris au sein de la communauté juive pour accompagner certains rituels.
Certains ont une reconnaissance et une gloire, peu médiatique, mais certaine et concrète à l’instar de Noureddine El Kahlaoui et Mohsen Matri.
D’autres ont brillamment réussi, à l’instar de Achraf et de Abdelkrim Benzarti, étoiles montantes qui se doivent de se maintenir au diapason.
Les plus jeunes cherchent leur jour de chance en continuant à se produire dans les fêtes familiales et dans les lieux publics (café, salons de thé, cabarets, salles de spectacles..). De Hay Ettadhamen à Zahrouni, chaque quartier des cités tentaculaires de la capitale a sa troupe de Mezoued, ses chanteurs, ses poètes, ses compositeurs et ses joueurs de Mezoued, de Darbouka (percussion) et de Bendir. (tambourin)..
Ils s’appellent Farzit, Gattel Essid, Donia, Jormana, Loucif, Matri, Habouba, Ramzi, Kahlaoui, Benzrati, Ben Gamra, Badous, Fitouiri (…), leur instrument, leur chant, leur voix, leur musique, festifs et grivois où pointe parfois la rage des exclus, le désespoir des taulards, l’amour inconditionnel pour la mère et les blessures de l’abandon ou de la traitrise de la femme aimée, ont triomphé de l’interdiction d’antenne qui frappa leur art de l’indépendance de la Tunisie jusqu’à 1990. Ils ont forgé l’amour et la fidélité d’un public tunisien qui les porta aux nues. Une consécration et un succès populaire fulgurant et maintenu, voire plus encore, jusqu’à nos jours.
Un triomphe qui propulsa les chanteurs Mezoued, au-delà de la seule capitale tunisienne, pour embraser tout le territoire du pays et bien au-delà des frontières, à Tripoli, Alger, Casa et dans les capitales européennes, Paris, Bruxelles, Berlin, à forte présence d’immigrés maghrébins…
L’art du Mezoued est un film documentaire qui relate le parcours et le vécu des artistes Mezoued, éclaire sur les composantes musicales et sociales d’un pan entier du patrimoine tunisien, mais surtout un film qui chante et danse, célèbre la joie et le talent populaires et sème quelques grains de mémoire collective…
L’ART DU MEZOUED, UNE HISTOIRE MÉCONNUE
juillet 10, 2010
Des années 50 à aujourd’hui, le Mezoued a traversé l’histoire sociale et musicale de notre pays. Pourtant le Mezoued, art musical à part entière, composante essentielle de l’art populaire musical tunisien – el fen chaâbi- demeure peu étudié, quasiment non référencé et non intégré à l’enseignement musical en Tunisie. C’est que études et travaux de recherches pendant de nombreuses décennies et quasiment jusqu’au début des années 90 ont très souvent privilégié ce que l’on appellerait les politiques culturelles officielles ou savantes. Aujourd’hui les choses semblent bouger. Hommes de culture, musiciens, chercheurs en musique et en anthropologie entament ce travail nécessaire sur un pan entier de notre art musical populaire largement méconnu et confiné dans le seul répertoire oral. Une démarche scientifique et artistique contemporaine qui se nourrie des nouvelles orientations mondiales en matière de recherche culturelle, orientations issues de la totale refonte des disciplines culturelles et des sciences qui leurs sont consubstantielles, à l’instar de l’anthropologie, de la sociologie et de l’histoire.
Sources, Influences et confluences
Le Mezoued désigne d’abord l’instrument -une sorte de cornemuse- et par métonymie le chant qui se base sur cet instrument. En tant qu’instrument, le Mezoued est une outre (Chak’wa) en principe à peau de chèvre. En elle-même, l’outre n’est rien d’autre qu’une espèce de chambre à air permettant au joueur d’y emmagasiner autant de souffle que possible pour pouvoir respirer par à-coups. Elle est dotée de deux bouts de rosier parallèles perforés à la manière d’une flûte qui permettent les notes. Et comme tout le monde le sait, le joueur du Mezoued est accompagné, de part et d’autre, de percussionnistes, généralement des joueurs de Darbouka et de Bendir (tambourin). Le chant, lui, n’est pas stable, tantôt soufi, tantôt profane, c’est-à-dire avec des paroles alliant l’éloge et l’élégie.
Selon le musicologue Zouheir Gouja, Maitre-assistant à l’Institut de Musique de Tunis, le Mezoued est né dans les Zaouïa (temples de marabouts). Dans les années 60 y compris dans sa version R’boukh, ce qui formait l’axe central, ou plutôt l’âme, de ce genre de chant populaire ce sont les chansons soufies (éloge de Sidi Mehrez, Sidi Belhassen, Essayyda El Mannoubyya, Sidi Ali Azzouz, Sidi Abdessalem, Sidi Ali El Hattab, etc). Pourtant les origines « sacrées » du Mezoued sont peu connues, si le spécialiste des expressions culturelles populaires Ali Saïdane les évoque dans son étude intitulée « le Mezoued: du ghetto au top 50 », peu de gens se souviennent des origines fondatrices. C’est que les pionniers sont décédés avant que cette nouvelle race de chercheurs ne s’intéressent aux arts populaires jusque-là considérées comme mineurs. Les grands artistes du Mezoued soufi à l’instar de Khatoui Bou Oukez et Chédly El Meddel sont aujourd’hui décédés sans qu’aucune trace de leur parcours ne soit sauvegardée. Dans une recherche que nous avons longuement entreprise en vue de la réalisation de notre documentaire sur l’art du Mezoued, nous avons rencontré l’un des derniers témoins de cette époque, ayant lui même appris son art auprès des illustres vétérans susmentionnés mais également auprès des «Mezewdia » juifs de Tunis. En effet, Moustapha Ben Romdhane (alias Moustapha Gattel Essid) est l’un des derniers vétérans, encore en vie, à avoir pleinement vécu l’époque glorieuse du Mezoued « liturgique », dans sa forme originelle de Nouba ( silsila), très prospère jusqu’à la fin des années 60 y compris au sein de la communauté juive de Tunis et pratiquée par des musiciens qui s’installèrent plus tard en France à l’instar de Maurice Mimoun, Joseph Berrebi, Raoul Journou ou encore Lalou Kahlaoui qui furent à leur tour formés par le célèbre défunt Khammous. En 2007, sollicité par le musicologue Mourad Sakli, soucieux de répertorier ce précieux patrimoine et d’enregistrer la silsila des noubas sous la houlette du dernier vétéran, Moustapha Ben Romdhane a donné un concert mémorable au Palais Ennejma Ezzahra dans le cadre des Rencontres Des Musiques Traditionnelles et Néo-traditionnelles.
Comment expliquer ce regain d’intérêt tardif pour le Mezoued? En réalité, dans la musique et le chant populaire tunisien, le Mezoued, en tant qu’instrument et genre de musique et de chant, occupe une place à la fois privilégiée et à part. Contrairement à la Zokra ( bombarde) et à la Gasba (flûte maghrébine), son intégration même à l’art populaire tunisien fût problématique. Longtemps, on s’interrogea sur « l’authenticité » de ses origines et sur son rattachement au répertoire tunisien. Confiné, un temps, dans le statut d’un instrument « intrus », ramené par la voie maritime, par les dockers (origine donc européenne d’une forme de cornemuse, plus tard personnalisée), des recherches plus récentes (notamment celles du musicologue Zouheir Gouja et de Fethi Zgonda, musicien et auteur d’un ouvrage de référence sur l’anthologie de la musique populaire tunisienne) attesteraient des origines bédouines maghrébines du Mezoued et plus particulièrement libyennes. La cornemuse aurait été d’abord amenée par les bédouins nomades du Maghreb, pour être en un premier temps, adoptée et transformée par les compagnes tunisiennes du Sud et du Centre, pour finalement s’acheminer, par l’exode rural, vers le Début du 20 siècle, vers les villes tunisiennes et d’une manière déterminante vers Tunis, la capitale.
Au creuset du Malouf et du bédoui
Oubliées les origines « sacrées » du Mezoued ( qui ressusciteront néanmoins en 1995 avec le chanteur Hédi Donia), tout un chacun connait aujourd’hui le Mezoued sous sa version festive. Celle-ci remonte au début des années 60, à l’aube de l’indépendance. Seulement, c’est d’abord à Ismaïl El Hattab que tout remonte. C’est d’abord lui qui imposa le chant Bédouin, la source vitale du Mezoued et c’est également lui qui formera au chant (parfois par la simple écoute) et aux instruments, les figures marquantes du Mezoued dont Hédi Habouba, Mohamed Ennouri et Ahmed Badous…
Ismaïl EL Hattab est en lui même une école (dont certains modes musicaux ont disparu avec lui), il a eu l’immense mérite de diffuser la musique bédouine populaire à Tunis mais il est, à proprement parler, dans le registre Zocra. Si comme nous le disions plus haut, nombre de musiciens lui doivent leur formation première, le Mezoued se distingue parfaitement du registre bédouin. Le Mezoued est un art citadin. Ses figures de proue, des pionniers à nos jours, dont les parents sont issus de l’exode rural, sont soit, pour les plus anciens, nées dans les faubourg de la médina, soit, pour les plus jeunes, dans les nouvelles cités du grand Tunis. Musique citadine née principalement à Bab Jedid et Bab laqouess, le Mezoued est selon le musicologue zouheir Gouja le creuset et la rencontre de plusieurs genres musicaux: la musique mystique issue du maraboutisme ( les nouba et les touroukias), le stambali (forme musicale maghrébine de la communauté noire de Sidi Abdessalem à laquelle le Mezoued emprunte ses pulsations) et enfin du Malouf ( musique savante citadine d’origine andalouse dont le Mezoued partage l’ensemble des modes).
Puisant dans les modes citadins et ruraux, dans les registres du sacré (dhkir, nouba) et du profane, exprimant la particularité des gens de l’exode, mais attirant dans son sillage une écoute nettement plus large, le Mezoued n’a cessé de glaner un succès grandissant. Ce succès continu s’est fait en dépit des restrictions draconiennes des années 70 et 80 durant lesquelles le Mezoued a été écarté de la télévision tunisienne et aujourd’hui plus que jamais, médiatisé et commercialement florissant, le Mezoued continue à connaître un succès fulgurant et à rayonner au-delà des frontières Tunisiennes.
Quelques parcours emblématiques
Durant les années 70 et 80, et avant même sa réhabilitation officielle entreprise dans les années 90, les chanteurs du Mezoued sont devenus de grandes vedettes, dont le chant de rayonnement a intégré l’Algérie, le Maroc, la Libye et la communauté maghrébine de l’immigration en Europe: Habouba, Farzit, H’Mid Badous et Abdelkarim Fitouri constituent les exemples éloquents de ce succès phénoménal. Leurs mérites autant que leurs talents sont immenses. Chanteurs peu ou voire pas du tout scolarisés, ils n’ont pas acquis le savoir de l’école, mais ils ont cultivé le savoir de la vie et celui de la musique, leurs « oreilles » et leurs « gorges » sont des réservoirs de connaissances musicales du Mezoued mais également des modes « aroubi », d’un pan entier du patrimoine musical bédouin et donc de la grande majorité du répertoire musical tunisien. Pourtant, la gloire n’est pas forcément le lot des chanteurs du Mezoued, nombreux sont ceux qui ont connu la déchéance de l’oubli ou de la prison, c’est le cas de Salah Farzit ( vedette des années 70) et d’une grande majorité qui connurent la célébrité puis sombrèrent dans l’anonymat à l’instar de Abdelkarim Fitouri, de Mohamed Ennouri et de H’mid Badous. Seuls les plus téméraires, ou les plus doués, à l’instar de Habouba, ont su se maintenir au diapason.
Ces noms, désormais historiques, continuent à faire rêver les plus jeunes dont une partie, pour la première fois diplômés de l’Institut de Musique de Tunis à l’instar de Hichem Khidhiri ( fidèle à la tradition) et de Mounir Troudi (qui allie Mezoued, Zocra et Jazz) se fraie un chemin de plus en plus innovant.
Sous l’emprise d’une réputation sulfureuse
En dépit du fait que le Mezoued occupe objectivement le premier rang de la musique tunisienne, et tel que nous l’avons souligné plus haut, le Mezoued, sur le plan musical, scientifique, anthropologique et culturel, demeure un grand « inconnu »! C’est que selon notre enquête la cornemuse à l’instar des nombreux instruments traditionnels tunisiens n’est enseignée dans aucun institut de musique en Tunisie ni même au sein du Conservatoire des Arts Populaires! Selon Zouheir Gouja, le Mezoued (mais également la musique bédouine et le chaâbi), a été banni des instituts de musiques fondés dès l’Indépendance. Du coup, pas de formation réelle, pas de transmission de savoir: des instruments sont jetés aux oubliettes, des modes sont éteints, un patrimoine se perd et se dilue dans l’approximatif et la mésestime… Ni son passé n’est archivé, écrit, noté, transmis, ni son avenir n’est appréhendé, réfléchi, problématisé, …Hédi Habouba affirme parcourir toute la république pour dénicher quelques talents en herbe qu’il prend ensuite à charge de former. Il dit même enseigner les rythmiques du Mezoued ( guita, âlaji, zeli, fazani..) aux États-Unis alors qu’ici aucun conservatoire ou Institut tunisiens ne lui propose de dispenser ce type d’apprentissage. Force est donc de se demander les raisons de cette mésestime voire de cette marginalisation. La réponse première serait tributaire de la réputation sulfureuse du Mezoued, celui-ci est souvent associé à l’alcool, à la drogue et à la prison. Mais est-ce bien raisonnable? Ces mêmes travers n’ont empêché ni le Jazz, ni le Raï, ni le Rap d’être reconnus comme des arts musicaux à part entière. Selon Saloua Hafaidh, diplômée de l’Institut de Musique de Tunis, ayant consacré son master d’étude approfondie au Mezoued, cette attitude hostile au Mezoued serait plutôt tributaire d’un conflit de classe et d’un dédain dû notamment aux origines pauvres et issues de l’exode rural des Mezewdia. Un dédain aujourd’hui encore perpétué par une certaine hypocrisie sociale qui fait que l’on ne peut se prévaloir d’être une personne de goût et de culture et reconnaître aimer le Mezoued! Ali Saïdane dans son article susmentionné rappelle que l’on ne peut s’arracher ce morceau de patrimoine de notre âme, qu’on le veuille ou non ! Il affirme qu’il est grand temps d’intégrer et de prendre en charge le passé, le présent et le devenir du Mezoued en particulier et des arts populaires en général par la reconnaissance de sa valeur musicale et sociale ( préservation, formation et transmission) et de tenter de remédier à ce qu’il considère comme étant le constat d’échec de certaines élites tunisiennes. D’abord celle des années 30 qui avait pris parti pour les expressions musicales «savantes » et aristocratiques, d’un coté et celui des expressions mimétiques de la chanson égyptienne sans avoir les moyens d’atteindre les niveaux de celles-ci et qui –à l’exception d’une minorité très vite isolée- estimait que les expressions populaires « ne méritent ni égards ni respect », alors que l’histoire a prouvé que seule l’âme populaire est capable de défier le temps. Ensuite celle de l’Indépendance qui a dénié à la société le droit de disposer librement de sa vie artistique et spirituelle et qui a poussé les expressions du Mezoued vers le «maquis » des bas fonds et certaines voies de la dégénérescence. Et puis l’élite musicale officielle d’après l’Indépendance qui a considéré que les expressions musicales populaires sont un «art mineur » et sans intérêt, indigne de figurer dans les programmes d’enseignement musical et de la création artistique. Et enfin les responsables des programmations audio-visuelles qui ont souvent encouragé des formes d’expression musicales médiocres et des expressions étrangères à la société et à ses racines.
A l’antipode de cette analyse, certains aujourd’hui dénoncent une déferlante Mezoued. Le Mezoued occupe effectivement le hit parade des ventes de la musique tunisienne, dispose épisodiquement du prime time des émissions de divertissement de la chaine étatique télévisuelle Tunisie 7, souvent celui de la chaîne privée Hannibal et des ondes de la radio privée Mosaïque. Cette reconnaissance et cette réhabilitation médiatique sont-elles tout simplement proportionnelles au rayonnement populaire du Mezoued? Sont-elles une revanche, s’il en faut exaspérante, d’un art longtemps confiné dans la marge? Faut-il se féliciter de l’excellente teneur artistique de certaines chansons ou s’offusquer des sonorités dissonantes de certaines d’autres et de la tendance actuelle à chanter « Mezoued » selon des modes étrangers à la culture traditionnelle originelle?
Sur les colonnes de notre journal (La presse du 19/03/ 2008), Salah El Mahdi diagnostique l’état de la musique tunisienne, il dit: « Le problème aujourd’hui se situe, à mon avis, au niveau des professionnels eux-mêmes. La profession, dans son ensemble, bascule, on ne sait pourquoi, dans une pratique musicale le moins que l’on puisse dire inconséquente(…). En été à La Goulette, il vous parvient aussi l’écho du Mezoued… Avec le Mezoued, c’est différent. Au moins, là, il y a un côté tunisien. Vous savez que j’ai été l’un des premiers à introduire la sonorité du Mezoued dans la chanson tunisienne. Seulement voilà, il y a certains «Mezewdia» qui veulent orientaliser ce chant et cela n’est pas acceptable. »
A notre avis, ce qui est encore plus inacceptable voire absurde c’est de maintenir le Mezoued, et les autres arts populaires tunisiens, à l’écart du savoir musical, anthropologique et culturel de notre pays et de reconduire des concepts obsolètes de type art mineur et art majeur, art « low » ( inférieur) et art « high » ( supérieur) abandonnées depuis plus de cinquante ans par le monde de l’art et de la pensée artistique, philosophique et sociale du monde entier.
8ème Printemps des Arts Plastiques de La Marsa
juin 28, 2010
Découvrir Léa- Véra Tahar, Artiste Atypique
Depuis le 22 Mai, la ville de la Marsa vit au rythme du Printemps des Arts Plastiques, une manifestation axée sur des expositions d’œuvres d’art et de multiples animations culturelles. Un rendez-vous annuel qui se prolonge durant trois semaines pour faire découvrir des œuvres de plasticiens confirmés, d’amateurs passionnés et de nouveaux talents et artistes méconnus. Parmi eux, Léa- Véra Tahar expose des toiles de peinture et des sculptures, une sorte de prolongation de sa dernière exposition personnelle qui s’est déroulée au Golfe, toujours à la Marsa, au mois d’avril dernier.
Une artiste atypique
Léa-Véra Tahar a toujours écrit, articles de journaux, recueils de nouvelles ou de poèmes, parus en Tunisie et à l’étranger, dont Ravaudage au pays du ménage, qui attestent d’un esprit fin et rebelle, irrévérencieux parfois mais immanquablement drôle et tendre. Ce n’est que depuis quelques années que l’écrivaine a commencé à sculpter et à peindre. Léa avance que cette passion l’habitait tant et si bien que le jour où elle a tenu un pinceau entre les doigts, tracés et couleurs, formes et volumes s’imposaient à elle comme s’ils immergeaient spontanément d’une mémoire emplie d’images, de paysages et de personnages! Quand à sa sculpture basée sur la technique du papier mâché, elle a mis du temps à l’apprivoiser. C’est que l’artiste aux multiples talents est totalement autodidacte. Un travail assidu, une recherche continue lui ont permis, au fil du temps, d’en maîtriser l’art et la manière. Ce n’est que bien plus tard qu’elle découvre que ses sculptures ressemblent à celle de Nicki de St Phalle. Cette découverte, elle l’a faite au moment même où Nicki de St Phalle est décédée, raison pour laquelle Léa-Véra semble croire à une sorte de hasard objectif ou de destinée qui fait qu’elle perpétue à sa manière cette sculpture particulière, un brun naïve, un brun sentimentale, totalement affranchie et qui ne se refuse aucune liberté, aucune fantaisie. Les sculptures exposées au Printemps des Arts confirment ce tempérament ludique et fantasque qui séduit non seulement les adultes mais, chose précieuse, attire les enfants et leur accorde leurs premières joies esthétiques.
Artnaîf.tn
A l’image des peintures exposées lors de son exposition personnelle, les œuvres accrochées sur les cimaises du Palais Abdellia, sont foisonnantes de personnages, hommes, femmes, enfants, animaux, faune et flore, selon un tracé qui évoque le dessin d’enfants et un coloriage ravissant fait de couleurs exubérantes et de contrastes forts et éclatants. Toute cette fraîcheur et cette audace déchaînée, l’artiste se les accorde et les offre au visiteur avec une joie communicative. Et si l’on ajoute à cela, les titres qui évoquent des voyages, des mini récits d’amour et d’aventure, de Dans la brousse du lac M’buro au Kandil sur les toits de la médina, en passant par le Monde de ma poule, on comprend combien cette peinture aux allures naïves, raconte notre monde, et mine de rien nos petites tristesses et notre grand entêtement à vivre. Ce qui n’est pas rien. Dans la présentation du catalogue de l’exposition leavera@artnaîf.tn, Leîla Soussi, la commissaire de l’exposition écrit: « Si vous faîtes attention et regardez attentivement sa peinture avec ses personnages et ses fleurs aux éclatantes couleurs, si vous regardez sa peinture immobile avec ses formes géométriques et plates, comme les pensées que l’on conserve entre les pages jaunies d’un vieil album de photos, vous verrez peut-être l’histoire de ses années, de ses journées, de ses amours, de ses douleurs et surtout de son immense joie de vivre. » C’est que les peintures de Léa-Véra Tahar, tout comme ses sculptures, sont l’expression d’un parcours de vie d’une femme peu ordinaire, qui a écrit, peint et sculpté alors que la chemin était loin d’être balisé. Des œuvres à son image qui triomphent de la morosité et du chagrin. Des œuvres à savourer donc par tout ceux qui savent ne pas bouder leur plaisir.
