Le Vendredi 30 Mai
Réveil à 9h. Petit déjeuner à l’hôtel. Le pain est délicieux. Premier contact avec d’autres invités. Nous apprenons que les rencontres sont essentiellement une activité associative; parmi les invités nombreux sont ceux qui s’activent autour de la culture, de l’émancipation des femmes et de la formation des jeunes.
De retour à la maison jeune, certains assistent aux ateliers et aux master classes (lumière, scénario, production). Nous avons reçu les catalogues et des tee-shirt souvenirs. Catalogues, affiche, petits sacs en coton attestent d’un gout certain et d’un travail précis et méticuleux.
Tout démarre à l’heure: les projections, les débats, les ateliers. Directeur et comité d’organisation, tous bénévoles, veillent au bon déroulement et au bien -être de chacun. Les jours qui viennent, nous nous apercevons que cet immense travail est fait avec peu de moyens et que les organisateurs dorment à peine quelques heures pour assurer ce fonctionnement parfait.
A partir de 19h, c’est la soirée algérienne. Les films se succèdent. De très belles découvertes: la pelote de laine court métrage juste et subtil de Fatma Zohra Zamoun et la maison jaune d’Aomor Hakkar, long métrage tout en finesse sur l’amour pudique, le deuil et la bonté des gens simples.
Le cercle s’agrandit, Allel Yahiaoui, excellent et illustre chef-opérateur (les films algériens Nehla, La citadelle de Chouikh mais également les films tunisiens Habiba M’Sika de Selma Baccar et La nuit de la décennie de rachid Ferchiou), nous raconte son parcours et nous communique l’amour du cinéma, Sami Allam, réalisateur et comédien nous parle de son documentaire Hnifa (du nom d’une célèbre chanteuse kabyle) et Omar Belkacémi, réalisateur également, nous fait découvrir, aux heures creuses, sa ville: son musée, ses terrasses et sa cinémathèque…Avec humour et délicatesse , il nous initie à l’authenticité et à la générosité des Kabyles et la grandeur de cette Algérie riche et multiple…
Le soir Nadia Féni arrive de Paris, radieuse, elle nous raconte son dernier documentaire Ouled Lénine et son accueil aux Doc de Tunis (Avril 2008). Au dîner, nous croisons également le talentueux cinéaste algérien Merzak Allouache venu lui aussi de paris pour donner une leçon de cinéma aux jeunes inscrits aux ateliers et accompagner la projection de son film L’autre monde qui a eu lieu le 29 mai.
le Samedi 31 Mai
A 11h la salle de culture grouille de monde, des jeunes, des enfants et quelques familles. Nous assistons à la projection de violence contre les femmes, documentaire très dur de Sidi Ali Mazif sur la condition intolérable des femmes en Algérie.
Nous emportons nos paquets lunch et nous laissons embarqués pour une petite virée à la mer.
À une heure du centre ville, une route verdoyante de forêt, qui serpente une haute colline (c’est Taberka- Ain Draham décuplée par 4), une plage de galets, une brise rafraîchissante et une mer somptueuse: décor pittoresque, nature magnifique, un havre de paix.
Nous sommes en compagnie de la composante branchée des jeunes des Rencontres. Ils viennent d’Alger, ils sont aisés, la discussion porte sur les gynécologues, la virginité et la violence faites aux jeunes filles émancipées.
Le soir. La salle est remplie. C’est la soirée hommage aux cinéastes femmes tunisiennes. Abdennour Hochiche, humble, attentif et pertinent parle à la radio algérienne. Si nous rendons hommage aux femmes cinéastes, dit-il c’est parce que nous sommes conscients qu’elles restent minoritaires dans un paysage cinématographique maghrébin majoritairement masculin.
Au débat, les avis sont partagés. Majoritairement les spectateurs qualifient nos films d’utiles et d’audacieux, mais certains leur reprochent un franc parler qui manque de pudeur.
Je vous propose quant à moi une petite lecture des deux films.
Le rendez-vous de Sarra Labidi: Une jeune fille travaille dans une pâtisserie et rêve du prince charmant. Elle décroche un rendez-vous avec un riche client. Il ne viendra pas, et tard le soir, alors qu’elle continue à l’attendre, les flics l’embarquent la confondant avec les filles de joie. Une histoire symbolique selon la réalisatrice de la condition de la femme arabe et un court métrage techniquement au point, à l’image soignée et par moments inspirée. Une chute intelligente avec un clin d’oeil à cendrillon. Beaucoup d’investissement de la part de la réalisatrice qui devrait décupler sa recherche de la justesse pour accorder davantage de crédibilité à ses fables. Un talent à suivre…
Beduin Harker, premier long métrage de Nadia Feni, repose sur une anti-recette du film tunisien : un décollage inattendu de la réalité sociale vers une projection dans un futur virtuel. L’enjeu : briser tous les clichés et balayer d’un coup les certitudes consensuelles. Du coup, ni couscous, ni céramiques, ni dédales et encore moins de personnages brisés : femmes soumises et hommes symboliquement castrés ! Dans ce contexte, Nadia Feni, en roue libre, a concocté un scénario original et audacieux : Khalthoum, surnommée Kat, petit génie d’informatique, pirate les ondes des chaînes européennes pour transmettre des messages révolutionnaires. Une mascotte rigolote d’un chameau bien de chez nous apparaît sur les écrans pour accompagner, non pas les consensuelles brochures touristico-exotiques, mais des textes subversifs écrits en dialectal tunisien. Les messages en question apparaissent presque innocents : d’abord ils disent qu’au troisième millénaire, il existe d’autres contrées et d’autres cultures, ensuite, ils invitent les français à porter des babouches ! Cette innocence pacifiste n’est pas pour autant candide. En s’affirmant tels qu’ils sont, ils montrent l’aberration de l’égocentrisme européen voire occidental. Un égocentrisme tel qu’il nie des évidences et renie une part de l’humanité.
Ce conflit primordial parce que primaire- il relève du droit d’exister dans sa différence- est matérialisé par l’acharnement que met Julie, l’alter ego français de Kat à démasquer cette dernière…
Plus proche d’une comédie que d’un film de suspense, Beduin Harker, réussit à tenir la route pendant plus d’une heure. Les différentes situations sont souvent drôles et amusantes, même si le scénario dans son ensemble tout en dessinant des pistes intéressantes, tel que la rivalité amoureuse entre les deux femmes, Kat et Julie, il les traite avec une certaine légèreté.
Cet aspect quelque peu inabouti dans l’élaboration narrative du film n’a pas été particulièrement pallié par la mise en scène. Celle-ci oscille entre un traitement des extérieurs particulièrement réussi (lumière, cadre et rythme) et un traitement des intérieurs qui relève plutôt de l’esthétique télévisuelle des séries policières ou de sciences fiction.
Ce conflit entre deux visions, deux mondes ne restera probablement pas dans les mémoires comme un chef-d’œuvre, il sera néanmoins l’un des premiers films tunisiens à avoir osé un autre ton et une autre représentation. Et rien que pour cela, chapeau à la réalisatrice!
La suite du journal demain
Cet écrit est une réponse au commentaire de Touareg (cf. mon blog / A propos) sur mon roman Leïla ou la femme de l’aube (Ed. Claire fontaine/elyzad, Tunis, 2008). Touareg a écrit: Je viens de terminer la lecture du roman. Trop de souffrance, mais des références occidentales, dommage. Vous avez puisé dans notre mémoire les volutes de votre texte pour exprimer les règles strictes de l’occident en mal de bonne conscience. Réfléchis…
Et en raison de la pertinence des questions soulevées, je souhaite répondre un peu plus longuement que ne le permet un simple commentaire.
Voici donc mes principales réponses, bien que succinctement et le débat est ouvert…
Touareg, Vous parlez d’un trop de souffrance, effectivement. Ce trop de souffrance, je l’ai puisé dans le vécu de ce quotidien « oriental »; et l”expérience prévaut voire dément toutes les théories et toutes les bonnes intentions qui souhaitent justement défendre un ordre désuet, platonique et qui de surcroît, refuse d’être mesuré à son application pratique et historique. Car c’est par opposition à cette « morale orientale » que vous me reprochez « mes références morales occidentales . Or, cette morale orientale peut se targuer d’une pensée, à priori, égalitaire, démocratique et juste. Qu’en est-il dans la réalité de tous les jours? Le débat risque d’être long et sinueux! Je me contente de vous dire que je n’adhère pas à une morale, qui dans la pratique, permet de battre les femmes, de les considérer comme des éternelles mineures écervelées (rien de bien disent-ils d’une nation gouvernée par une femme!), de condamner les gens (à la prison!) pour « l’intimité de leur sexualité » et de déclarer ennemi de la « omma » toute personne qui ne partage pas notre foi!. Et si c’est de l’occident que vient la proposition de promulguer des lois qui interdisent la violence contre les femmes, érigent la liberté du culte et le droit au vote: je dis bienvenue aux idées de l’occident!
Mais permettez-moi de vous dire que ce ne sont pas là « les règles strictes de l’occident en mal de bonne conscience » et cela pour au moins deux raisons:
-1- ces règles, -que je considère comme un acquis universel- sont celles-ci même que proposent et défendent, des penseurs bien de chez nous: et pour ne pas remonter aux écrits des anciens philosophes arabes de Ibnou Sina à Ibnou Rochd, je vous cite des philosophes, des juristes, des historiens, (en un mot) des intellectuels arabes contemporains: Hichem Djaît, Souhir Belhassen, Yadh Ben Achour, Youssef Seddik, Juliette Bessis, Mohamed Arkoun, Abdallah Laroui, Dalenda Larguech, Jameleddine Ben Sheikh, Hamadi Redissi… (et la liste est tellement longue et édifiante…)
-2- la notion même d’occident est une nébuleuse d’amalgame. Car de quel occident parlez-vous? De l’ancienne notion qui le réduit à l’ancien monde chrétien? (qui a fait d’ailleurs sa « révolution » il y’ a au moins 4 siècles pour se proposer et nous proposer des idées nouvelles celles de la sécularisation, de la laïcité et des droits de l’Homme) ou de l’actuel occident qui intègre, entres autres le Japon, les états-unis et l’Asie (évidemment pas tous chrétiens!)? Et puis, et le plus important à mes yeux, c’est qu’à l’intérieur même de ce que vous concéderez globalement (et j’espère pas définitivement) comme un occident en mal de conscience, il y’ a un tout autre occident, terreau de la conscience universelle, pétri de la pensée de Rousseau, Kant, Hugo, Sartre, Nietzsche, Foucault, Genet, Bourdieu, Morin…. (et la liste est encore une fois longue et édifiante).
Cela pour vous dire que ces « références morales occidentales », je m’en réclame, après évidemment réflexion et libre arbitre: le choix, en dehors des oppositions Orient/occident (et en dehors des circonstances conjoncturelles qui attisent les haines et réduisent aussi bien l’occident que l’orient) d’une voie libre qui tiennent à la fois de l’un et de l’autre à la seule exigence que ce que l’un ou l’autre propose convienne à ma dignité d’être humain et en ma conviction profonde du droit au choix et à la différence. Je vous invite donc, à mon tour à réfléchir, et à oeuvrer ensemble pour une voie qui ne tienne pas compte des frontières (politiques et économiques) autant qu’elle exige, dans les faits et non pas dans les postulats théoriques, l’égalité, la justice et la liberté de chacun.
Je finis par votre phrase « vous avez puisé dans notre mémoire les volutes de votre texte... » pour vous dire que je considère cela comme une gratification, car cette mémoire commune, je la porte en moi, et je la défends quant j’estime que le droit, la poésie, la spiritualité est de son côté et je l’interroge, la querelle quant elle fait fi de tout bon sens et de tout élan de vie pour se scléroser et de surcroît se justifier en inventant un ennemi extérieur.
Je vous remercie pour votre intérêt et votre sincérité et je crois fermement que le débat d’idées fait grandir les êtres et renforce leur dignité.
L’élégance des esprits et la noblesse des cœurs
A la mi-mai, j’ai été contactée par M. Abdennour Hochiche, directeur des Rencontres Cinématographiques de Bejaia qui m’invite à présenter mon dernier court métrage Wara El Blaîk dans le cadre de la soirée organisée le 31 Mai en l’honneur des femmes cinéastes tunisiennes. Il me précisa que les Rencontres, initiées par l’association Projec’heurts, existent depuis 2003 et ce dans l’objectif de créer un espace d’échange, de débat et de réflexion autour du cinéma dans les pays du Maghreb. Il m’informa également que la soirée tunisienne concoctée par l’imminent critique tunisien Tahar Chikahoui, ami et conseiller des Rencontres, projettera, outre mon film, le court métrage Le rendez-vous de Sarra Labidi et le long métrage Beduin Harker de Nadia Féni.
Je me suis donc rendue, en compagnie de Si Tahar et de Sarra à Bejaia, et je vous propose tout au long de cette semaine, le journal de ce voyage cinématographique, jour par jour. J’espère ainsi rendre compte d’un séjour culturel qui m’a ravi et vous faire partager la découverte d’une région fabuleuse, la Kabylie, et des gens remarquables qui ont forgé mon estime et ma sympathie.
Jeudi 29 Mai
Nous arrivons à midi à l’aéroport d’Alger. Nous réglons nos montres à l’heure locale: 13h. A la sortie des douanes, au hall, deux jeunes hommes nous accueillent: Ahmed, 23 ans, brun et branché, Hilal, yeux bleus et teint clair, même âge et allure plus classique. Si Tahar, Sarra et moi-même souhaitons faire fonctionner le roaming pour contacter Tunis. Seule Sarra y parvient, elle est cliente chez Tunisiana. Nous autres, abonnés chez Tunisie Télécom nous nous rendons au box de Djezzy l’opérateur algérien partenaire de Tunisie Télécom. Le responsable est désolé de ne pas répondre à notre requête: c’est au-près de votre opérateur tunisien qu’il faut faire la réclamation. Nous tentons à maintes reprises: Tunisie Télécom dort sur ses lauriers!
La voiture roule sur l’autoroute: Alger, ville somptueuse nichée sur une falaise. Elle est lumineuse, immense, bercée entre le bleu du ciel et celui de la mer.
Ahmed, le chauffeur et Hilal son compagnon, sont chaleureux, bavards, infatigables. Ils nous bombardent de questions, nous apprennent qu’il adorent la Tunisie et qu’ils passent leurs vacances à Hammamet. Ils appellent si Tahar, ‘ami Tahar (oncle Tahar), ils l’adorent depuis les sessions précédentes des Rencontres.
La route est longue, quelque peu pénible, mais nos compagnons Kabyles nous distraient et prennent soin de nous. Ahmed, commerçant, se prépare à convoler en noces et à partir vivre à Lyon où sa fiancée réside depuis quelques années, Hilel peine lui à épargner de l’argent pour son mariage, il parle des difficultés économiques du pays, du manque d’instruction des jeunes et du chômage et croit fermement que ce marasme est la conséquence d’un complot contre l’Algérie! Les grandes puissances (Etats-Unis, Russie et Europe) convoitent son pays (riche) et l’empêchent de prospérer!
Après la pause déjeuner (grillades de viande de mouton), nous reprenons la route. La vitesse des chauffards et le manque de respect du code de conduite nous effraient mais le paysage est magnifique: forêts, montagnes, mers, à couper le souffle.
Au bout de cinq heure de route (pour 230 km), nous arrivons à Bejaia et faisons la connaissance de nos hôtes: une équipe jeune, souriante, très organisée qui prend en charge le moindre détail de notre séjour. L’atmosphère nous plait, nous sommes ravis d’être parmi eux.
‘ami Tahar est comme un poisson dans l’eau. Il salue les jeunes et leur rappelle le rendez-vous de l’atelier de scénario pour le lendemain matin. Sarra et moi, nous nous installions à l’hôtel. Il est modeste à l’image d’une infrastructure hôtelière et touristique encore embryonnaire à Bejaia.
Le soir, après un diner rapide au restaurant, nous nous installions dans la salle de projection de la maison de culture où les Rencontres se déroulent. Décor à l’allure communiste et une salle immense mais remplie de spectateurs, une jeunesse avide de cinéma et de nombreuses familles. Après le film, le débat. Les questions sont simples. De l’intérêt et du respect.
la suite demain
Le premier roman de cette Tunisienne spécialiste du cinéma reprend un des thèmes récurrents de la littérature maghrébine, la difficulté de la femme à refuser une vie « conformiste et étriquée » (120) pour « arracher cette dignité » (75) que lui refusent les pères autoritaires, les mères possessives, les maris dominateurs, les voisins curieux et les passants au regard rempli de « désir et de violence » (118). Le récit s’attache au personnage de Leïla, 30 ans, tunisienne, métisse d’un père noir et d’une mère blanche, divorcée, qui tente d’organiser sa vie en dépit de toutes les contraintes qui la « serrent comme un étau » (80), veut apprivoiser ses fureurs et son désenchantement et, bien que travaillant comme metteur en scène de cinéma, se sent « un matériau en souffrance » (91). Rentrée un temps dans sa famille, elle s’installe seule dans une ville inconnue puis revient à Tunis, erre, écoute les récits des sœurs, amies, parentes, toutes habitées par leurs fantasmes et leurs déceptions. « Leïla n’a rien à transmettre et ne veut rien léguer. Leïla a perdu sa foi dans les Hommes. » (157). Elle écrit à Iteb, son premier et unique amour qui ne veut, sans raison apparente, s’engager envers elle et reste à Bruxelles. Ces missives sans réponse qui structurent le texte en alternance avec le récit à la troisième personne sont qualifiées à la fin de « littérature » grâce à laquelle, à défaut de connaitre l’amour pour lequel « il faut être esclave ou tyran » (188), « on oublie et on s’invente son être en inventant son écriture » (155), ce qui est déjà mieux que la folie dans laquelle tombe l’amie et confidente Nada « la belle enfant au regard couleur de l’abîme » (141). Le grand intérêt de ce texte réside dans sa construction en strates où le récit au passé offre une description distanciée du combat d’une femme moderne dans son environnement social tandis que les lettres rédigées au présent présentent les douleurs de la solitude, les peurs et les révoltes de celle qui affronte seule la lâcheté, la méfiance et le mutisme. Les deux volets du texte se caractérisent par la même élégance d’un style sobre et poétique fait de phrases au rythme régulier, de discours rapportés, d’un lexique précis, d’images qui s’échappent comme les oiseaux que convoquent l’imagination de Leïla. Cette francophonie ciselée est ponctuée de paroles de chansons transcrites en arabe avant d’être traduites et qui constituent un intertexte plus efficace que tout décor pittoresque. Ce découpage textuel figure le heurt des bribes de la mémoire de Leïla, « tamis secoué par des mains fébriles » (13) donnant à cet « amalgame d’images » célébrant ses « errances à l’aube et au crépuscule » (12) la fonction de dire le drame de toutes celles qui ont perdu leurs repères. On ne quitte pas ce texte intense au milieu duquel circulent aussi le racisme des Tunisiens, le rôle des cafés, la difficulté à devenir hommes pour les fils, le jeu des demi-aveux : « c’est dans les plis, les entrelacs et les interstices que la vérité se glisse » (78). Une vérité dure, amère mais qui donne matière à une analyse psychologique fine et à un petit ouvrage magnifique tiré sur un papier crème au grain luxueux. Même si le personnage a perdu tous ses rêves et gît « désenchantée du Verbe » (191) autant que de l’Amour, ses mots auront enchanté le lecteur fasciné par la puissance d’entraînement de cet agencement impeccable.
2 juin 2008.