Découvrir l’écrivaine Nina Bouraoui
novembre 25, 2008
Elle est franco-algérienne et elle écrit, dit-elle, « comme si elle avait une arme à la main, en pointant ses phrases sur les autres, ou sur elle-même ». Elle s’appelle Nina Bouraoui et c’est une sacrée écrivaine.
Nina Bouraoui est née le 31 juillet 1967 à Rennes. Elle écrit depuis treize ans et elle a déjà publié huit romans. J’en ai lu quelques-uns dont Poing mort (Gallimard, 1992) , La voyeuse interdite (Gallimard, Prix du Livre Inter 1991), Le bal des murènes (Fayard,1996) , L’âge blessé ( Fayard, 1998), Garçon manqué ( Stock, 2000) et Mes mauvaises pensées ( Stock, 2005, Prix Renaudot)
Il n’est probablement pas opportun de résumer les histoires de ces romans lus et que je vous invite très chaleureusement à découvrir, mais je souhaite par contre vous dire pourquoi l’auteure et son écriture me fascinent.
Il y a d’abord son écriture: charnelle, déferlante, incisive. Elle écrit comme un peintre talentueux: par touches, par juxtapositions, sur des fonds troubles voire sales et qui charrient des sensations chaudes, violentes, émergeant des tréfonds de l’enfance. Ces thématiques sont récurrentes: l’amour, les filles, la puissance des hommes, l’Algérie, comme si elle les explorait, sans jamais en venir à bout, sans en épuiser les sons et les sens, les fureurs et les interrogations.
Ensuite il y’ a le personnage, l’écrivaine elle-même. Elle est belle et mystérieuse. On la découvre voilà plus de dix ans, chez Bernard Pivot, à Apostrophes: elle est douce, quelque peu féline, mais d’une réserve désarmante…On la retrouve ces dernières années sur les couvertures de ses romans les plus récents: elle est plutôt dure, un brun tranchante, elle s’est coupé les cheveux et laisser voir dans le regard une âme de guerrière. C’est qu’elle se dévoile enfin homosexuelle et qu’elle se reconnait double: « Par sa nationalité, son métier, sa personnalité. Quand j’écris, dit-elle, j’ai à nouveau 7 ans [Garçon manqué], 12 ans [La Voyeuse interdite], 16 ans [La Vie heureuse] ou 20 ans [Poupée Bella] ». Elle dit rattraper sa vie par l’écriture: rattraper l’enfance, le père et puis l’Algérie à laquelle elle fût arrachée à 14 ans , lorsque sa mère française, après avoir suivi par amour son mari algérien, décide de rester en France.
Elle connaît la violence du désir, des secrets de famille, de l’absence à soi et aux autres. Elle ose prendre un chemin de travers, du coup, elle porte et raconte toute les failles. Elle dit avoir commencé à écrire sur elle-même pour compenser la fuite de la langue arabe ( la langue de l’enfance qu’elle a toujours désiré et jamais possédée), pour se faire aimer des autres, pour se trouver une place dans ce monde. C’était une forme de quête identitaire avoue-telle. L’écriture, c’est son vrai pays, le seul dans lequel elle vit vraiment, la seule terre qu’elle maitrise.
Et effectivement, l’écriture, elle la maitrise et mieux encore, elle l’arpente, dévale se pentes, escalade ses falaises, et mieux que quiconque se mouille à ses eaux troubles, à ses marécages et à ses rivières desséchées. Du coup, son écriture ne coule pas de source: elle est heurtée, saccadée, pointue, voire sifflante, mais qu’est-ce qu’elle draine comme sensations de puissance et d’acharnement à exister.
voici un extrait, pour en mesurer l’intensité et la fougue:
“C’est flagrant, elle ne m’aime pas. Elle embrasse les cheveux, le col des chemises, le revers de la robe de chambre, l’habit mais jamais la peau. Elle occulte les joues, le front, le cou, les mains… Ses baisers ratés finissent par un bruit idiot qu’elle fait aussi pour appeler son chien de la cuisine au jardin, de la chambre au salon… Ces baisers-là sont des gifles et des coups de poing, des blâmes, ils souillent mon besoin naturel de douceur… Ma mère n’est pas l’amante et ne le sera jamais, elle est la teigne et la cible de mes rêves, je la vénère et la déteste… Elle est indécente, j’ai honte de sa chair, de mon origine, de notre air de famille, de la poche où j’ai baigné. J’ai honte de la haïr et de l’aimer tant, à en vouloir me pendre. ” [Le bal des murènes; Ed. Fayard, 1996]
J’ai lu deux ou trois bouquins d’elle en fonction des arrivages à la médiathèque de l’institut français.
J’espère que tout ou presque est au beau fixe pour toi et les tiens!
A bientôt!
Thamitié
Chère Sonia,
Merci pour ce texte qui tranche avec les autres textes glanés sur le web à propos des romans de Nina Bouraoui. J’ai particulièrement été touchée par votre analyse de son style et par l’effort que vous faites de ne pas cantonner cette auteure à l’image d’une “jolie écrivain”.
Avez vous lu ces deux derniers romans? Elle opère une vraie coupure par rapport à ces premiers textes. C’est un style nouveau, vous verrez… et j’espère que vous aurez l’occasion d’écrire dessus également.
Bien à vous,
MBlank
Tous mes voeux de Lumière, de joie et de bonheur pour toi et les tiens!
A bientôt!
Thami
mes meilleurs vœux cher Thami
et toute ma reconnaissance pour ton amitié
sonia