Lundi 2 juin
Nouvelle virée collective cette fois-ci: une excursion pour une petite randonnée en montagne, aux abords de la mer. Les jeunes chantent dans le bus. Ils ont moins de vingt ans, ils sont beaux, gentils, adorables.
Le paysage est absolument ravissant: c’est la corse avec ce parfum local et le sourire des autochtones.
Nabil, jeune homme de trente me briffe tout au long du parcours, il me conte le combat des Kabyles pour la reconnaissance de leur langue et de leur culture. Je m’aperçois très vite qu’une conscience politique et civique anime la jeunesse Kabyle. Autour de nous, depuis ces quelques jours, nous nous cessions d’admirer une jeunesse, qui en dépit de conditions économiques visiblement difficiles, est intelligente, vivante, remplie d’idéal, en quête de démocratie et de justice sociale. Ici les mots en leur pesant en actes et en engagements. Pour une tunisienne comme moi, entourée d’une majorité cynique et blasée et d’une jeunesse plutôt passive et indifférente, c’est un air de liberté et de vie quasiment inespéré.
Nous nous mettons sur nos trente et un pour la soirée de clôture. Au programme le court métrage très apprécié Khti de Yanis Koussim et un hommage à M. Chouikh à travers son film phare La citadelle. Réalisé au milieu des années 80, le film atteste encore et toujours du talent de son réalisateur et également celui inouï du chef opérateur Allel Yahlaoui. Échange d’estime avec ce quadragénaire d’une simplicité et d’une humanité à toute épreuve. Il me réaffirme son appréciation de mon film et me suggère de faire l’image de mon prochain long. Vivement le grand Maghreb!
Mardi 03 Juin
Le coeur un peu serré, nous devons quitter nos hôtes. La Kabylie nous plaît, nous nous sommes attachés à nos nouveaux amis, Abdennour, Jamel, Omar, Allel, Sami, Nabil, Fatma Zohra, Hind, Atika… et Sarra remue le couteau dans la plaie en me disant que les départs lui font mal.
Abdennour, Omar et Jamel – membre bénévole de l’association qui s’est occupé généreusement de nous au détriment même de son sommeil- nous accompagnent à l’aéroport de Bejaia pour le vol intérieur vers Alger. Le vol accuse 4 heures de retard. ‘ami Tahar, qui souhaite être le plus tôt à Tunis pour les examens de son fils, ironise sur le sous-développement mécanique (la panne) qui bizarrement donne bonne conscience à Air-Algérie qui ne dédaigne ni s’excuser ni encore moins s’enquérir des voyageurs subitement condamnés à passer la nuit à Alger!
Nous nous attablons parmi les passagers contrits et bavardions. Omar nous raconte son expérience d’assistant réalisateur à Tunis lors de la décennie noire qu’a connue l’Algérie. Rémunération dérisoire – en raison de son statut de technicien « au noir » et conditions à peine soutenables semblent l’avoir marqué. Il positive néanmoins en disant que ce séjour lui a permis de rencontrer son désormais ami et complice Tahar Chikhaoui.
Ce dernier, patient et drôle, attendra avec nous le vol de 19h 30 (au lieu de 16h) mais passera une autre nuit en Kabylie. Sarra et moi prenions l’avion et débarquons à Alger où les Rencontres ont réservé pour nous une chambre dans un hôtel du centre ville.
Impatientes de découvrir Alger, nous sortions vers 21 h 30 pour dîner. Mauvaise idée, la grande avenue est quasi déserte, des têtes peu avenantes de jeunes hommes et adolescents patibulaires. En plein centre, à quelques mètres de la statue somptueuse d’El émir Abdelakader, une atmosphère quelque peu sordide de délinquance (Cf. à ce propos, le dossier Algérie, le péril jeune, Jeune Afrique l’intelligent n° 2342 du 27 novembre au 3 décembre 2005).
Nous renoncions et dînons à l’hôtel!
Le lendemain matin, balade dans les rues d’Alger. C’est magnifique: une architecture coloniale fabuleuse, des perspectives saisissantes, de la verdure, de la lumière. Nous avons peu de temps, nous nous dépêchons pour visiter le Musée d’Art Moderne d’Alger. C’est un petit bijou de raffinement architectural et de mise en valeur des collections de l’art moderne et contemporain d’Algérie. Nous visitons le compartiment ouvert au public- le musée est encore en cours d’achèvement- et contemplions les œuvres du premier étage dédiées à la mémoire de la libération nationale (il y a même le portait de la révolutionnaire Djamila par Picasso) et l’exposition de calligraphies de Hamza Bounina: c’est réellement un moment intense de plaisir esthétique.
Plus tard, nous avions pris l’avion, dans nos têtes et dans nos cœurs les portraits des amis rencontrés, les images de Kabylie, la somptueuse, et d’Alger, la magnifique, nous nous promettons de revenir et remercions les organisateurs pour leur foi dans le partage et l’élévation des esprits.
Je suis tombe sur ton blog en surfant! Avant meme de voir tom nom, je savais en lisant que c’etait toi!
Qu’est que tu parle bien de notre pays, Oui…Vivement le grand Maghreb!
Je t embrasse tres tres tres fort
Yanis
merci Yanis
à très bientôt et beaucoup de succès pour tes projets
on se connait pas, de vue fort possible. C’est pour te dire que je viens de rentrer du festival du court-metrage méditerranéen de Tanger et que je suis tombée sur tes chroniques en me documentant sur Yanis en vue d’écrire un article sur Khti. Alors j’adhère. Vivement le grand Maghreb.