Cet écrit est une réponse au commentaire de Touareg (cf. mon blog / A propos) sur mon roman Leïla ou la femme de l’aube (Ed. Claire fontaine/elyzad, Tunis, 2008). Touareg a écrit: Je viens de terminer la lecture du roman. Trop de souffrance, mais des références occidentales, dommage. Vous avez puisé dans notre mémoire les volutes de votre texte pour exprimer les règles strictes de l’occident en mal de bonne conscience. Réfléchis…
Et en raison de la pertinence des questions soulevées, je souhaite répondre un peu plus longuement que ne le permet un simple commentaire.
Voici donc mes principales réponses, bien que succinctement et le débat est ouvert…
Touareg, Vous parlez d’un trop de souffrance, effectivement. Ce trop de souffrance, je l’ai puisé dans le vécu de ce quotidien « oriental »; et l”expérience prévaut voire dément toutes les théories et toutes les bonnes intentions qui souhaitent justement défendre un ordre désuet, platonique et qui de surcroît, refuse d’être mesuré à son application pratique et historique. Car c’est par opposition à cette « morale orientale » que vous me reprochez « mes références morales occidentales . Or, cette morale orientale peut se targuer d’une pensée, à priori, égalitaire, démocratique et juste. Qu’en est-il dans la réalité de tous les jours? Le débat risque d’être long et sinueux! Je me contente de vous dire que je n’adhère pas à une morale, qui dans la pratique, permet de battre les femmes, de les considérer comme des éternelles mineures écervelées (rien de bien disent-ils d’une nation gouvernée par une femme!), de condamner les gens (à la prison!) pour « l’intimité de leur sexualité » et de déclarer ennemi de la « omma » toute personne qui ne partage pas notre foi!. Et si c’est de l’occident que vient la proposition de promulguer des lois qui interdisent la violence contre les femmes, érigent la liberté du culte et le droit au vote: je dis bienvenue aux idées de l’occident!
Mais permettez-moi de vous dire que ce ne sont pas là « les règles strictes de l’occident en mal de bonne conscience » et cela pour au moins deux raisons:
-1- ces règles, -que je considère comme un acquis universel- sont celles-ci même que proposent et défendent, des penseurs bien de chez nous: et pour ne pas remonter aux écrits des anciens philosophes arabes de Ibnou Sina à Ibnou Rochd, je vous cite des philosophes, des juristes, des historiens, (en un mot) des intellectuels arabes contemporains: Hichem Djaît, Souhir Belhassen, Yadh Ben Achour, Youssef Seddik, Juliette Bessis, Mohamed Arkoun, Abdallah Laroui, Dalenda Larguech, Jameleddine Ben Sheikh, Hamadi Redissi… (et la liste est tellement longue et édifiante…)
-2- la notion même d’occident est une nébuleuse d’amalgame. Car de quel occident parlez-vous? De l’ancienne notion qui le réduit à l’ancien monde chrétien? (qui a fait d’ailleurs sa « révolution » il y’ a au moins 4 siècles pour se proposer et nous proposer des idées nouvelles celles de la sécularisation, de la laïcité et des droits de l’Homme) ou de l’actuel occident qui intègre, entres autres le Japon, les états-unis et l’Asie (évidemment pas tous chrétiens!)? Et puis, et le plus important à mes yeux, c’est qu’à l’intérieur même de ce que vous concéderez globalement (et j’espère pas définitivement) comme un occident en mal de conscience, il y’ a un tout autre occident, terreau de la conscience universelle, pétri de la pensée de Rousseau, Kant, Hugo, Sartre, Nietzsche, Foucault, Genet, Bourdieu, Morin…. (et la liste est encore une fois longue et édifiante).
Cela pour vous dire que ces « références morales occidentales », je m’en réclame, après évidemment réflexion et libre arbitre: le choix, en dehors des oppositions Orient/occident (et en dehors des circonstances conjoncturelles qui attisent les haines et réduisent aussi bien l’occident que l’orient) d’une voie libre qui tiennent à la fois de l’un et de l’autre à la seule exigence que ce que l’un ou l’autre propose convienne à ma dignité d’être humain et en ma conviction profonde du droit au choix et à la différence. Je vous invite donc, à mon tour à réfléchir, et à oeuvrer ensemble pour une voie qui ne tienne pas compte des frontières (politiques et économiques) autant qu’elle exige, dans les faits et non pas dans les postulats théoriques, l’égalité, la justice et la liberté de chacun.
Je finis par votre phrase « vous avez puisé dans notre mémoire les volutes de votre texte... » pour vous dire que je considère cela comme une gratification, car cette mémoire commune, je la porte en moi, et je la défends quant j’estime que le droit, la poésie, la spiritualité est de son côté et je l’interroge, la querelle quant elle fait fi de tout bon sens et de tout élan de vie pour se scléroser et de surcroît se justifier en inventant un ennemi extérieur.
Je vous remercie pour votre intérêt et votre sincérité et je crois fermement que le débat d’idées fait grandir les êtres et renforce leur dignité.
عسلامة انا عارم من قفصة حابة نقرا كتابة السيناريوا..مستوايا الدراسي ثانوي عندي بعض السيناريوات الي كتبتهم نتمنى انك تقرالي حاجة وتعطيني رايك .. في قفصة ملقيتش اش كون يعاوني نحب على القليلة تقييم للحاجات الي نكتب فيها على خاطر رايك يهمني 98608404…نتمنالك التوفيق
bonsoir Arem
j’enseigne à l’école du cinéma et des arts EDAC, c’est une école privée, tu peux donc t’inscrire si tu le veux dès l’année prochaine (le bac n’est pas exigé)
bonne chance à toi
Mes respects Madame,
Je viens de de vous lire, et de me trouver délicieusement abandonné dans la fertile prairie de votre affect symbolique. J’ai grand plaisir de vous savoir là, et de porter votre intelligibilité de l’urgence dialogique comme une prometteuse complicité.
La puissance de vos propos, que je me réjouis de lire encore et relire, participe à cette nécessité de prendre conscience, non pas du fallacieux choc de civilisations, mais de celui de nos ignorances partagées, et surtout de ces déficits, des ces malentendus quasi prémédités, de “nos” modes de traitement négatifs de toute altérité, y compris la “notre”.
Je voudrais aussi vous rendre grâce sur la subtile manière dont vous soulevez le voile des simulacres d’un Orient si désorientant. Votre pédagogie m’instruit davantage par cet essentiel, ce Vivre Ensemble dans la dignité et la responsabilité citoyenne.
Votre libre arbitre, loin de me léser, il fertilise le mien, fusionnelement.
J’ai soif de vous lire dans LEILA OU LA FEMME DE L’AUBE, que j’espère trouver en Suisse.
AL-MARSAWI