Artiste
avril 20, 2008
Qu’est-ce’ qu’un artiste aujourd’hui? un faiseur d’icône, un grand imager ? un inspiré ? un talentueux ? un génie ? un homme du savoir ?. Qu’est-ce qui importe le plus dans ce métier ( et statut) galvaudé qu’est celui de l’artiste ? Je ne disserterai pas sur le talent, le génie, ni même le savoir faire indispensable à tout créateur, je souhaite juste insister sur le fait que si l’ artiste devait se contenter d’un seul statut ça sera celui d’innovateur. Un artiste est forcément un créateur de nouvelles valeurs, un perturbateur, un subversif dans la mesure où il est tendu vers une différence radicale, vers un inconnu. Il est d’emblée anti-conformiste. Il se méfie de tout ce qui est statisme, immobilité, fermeture. Il est cet un arpenteur de l’ailleurs. Tendu vers le devenir, il est forcément marginal : parce que la norme est un fait de l’institutionnel, et du traditionnel, l’artiste s’en démarque. Ce qui est institué est forcément clos, la tradition est un système de valeurs figé, or l’art érige la rupture comme fondement. L’artiste est cet homme de toutes les ruptures : rupture avec le dogmatique, avec les systèmes de représentations et avec l’habitus social. Il est cet être de la remise en question : à chaque fois que ses contemporains se complaisent dans un système de valeurs qui devient dictatorial à force d’être érigé en modèle unique, il tire l’alarme, rappelle le droit à la différence, à la pluralité et à la singularité de chacun ; c’est que l’artiste est cet être qui ne ressemble à personne. Il incarne la différence. Avant d’être une technicité, un savoir faire, ou même un talent, l’art est d’abord un rapport à la vie. Ce rapport est sain lorsqu’il est comme la vie elle même : changeant, versatile. Lorsqu’il incarne des forces : de rupture, de surgissement, d’instinct. C’est pourquoi l’artiste est cet être de l’excès, du débordement. C’est à ce seul prix qu’il peut répondre à sa véritable vocation : la transgression des valeurs établies. Evidemment c’est dans son art que l’artiste accomplit ces métamorphoses : la transgression de la réalité sociale et la transgression des formes (de l’art académique, c’est-à-dire institutionnel et officiel) sont les deux faces d’une même recherche. C’est par les ruptures qu’il introduit dans la pratique artistique elle-même que l’artiste défend la différence, le changement comme rapport à la vie : il invente un homme nouveau, donc différent en inventant une manière nouvelle de représenter le monde. L’artiste à un seul parti pris le réel ( ou la vie) et celui-ci jure avec le système institué. Prenons un seul et unique exemple pour illustrer mon propos : l’artiste italien Pasolini ( poète, sémiologue et cinéaste). Ce dernier fortement engagé, absolument concerné par la société et ses débats d’idées avait parfaitement compris que même si le cinéaste inclut les thèmes sociaux, la création se doit de vider les velléités d’ancrage dans la réalité : La culture est à la fois le chemin et l’obstacle dans la saisie du réel affirmait-il. Il a réinventé le cinéma, la manière de filmer, de représenter pour nous raconter l’unique challenge que se donne tout artiste authentique : dépasser l’expérience du manque, vaincre l’impuissance à capter le réel, et réussir à entrer en contact avec la vie. Pour cela l’artiste se doit d’égaler la vie elle même. Il se doit d’être un créateur, un inventeur. Ne se contentant jamais de ce qui existe, de ce qui revêt l’aspect de la mort à force de statisme, de redondance, il insuffle la vie en plantant les germes du renouvellement, de l’inattendu et de l’accidentel. il sème la différence là où les autres fétichisent la ressemblance, l’identique et le normatif.
ce n’est pas – forcement – un metier …………………