Actuellement les réalisateurs tunisiens Ridha El-Béhi et Taoufik El-Béhi, préparent un documentaire pour la chaine qatarie Al Jazira sur la femme dans le cinéma tunisien. Voici une contribution, succincte, en guise d’invitation à lancer le débat.

Et j’aimerai partir d’un constat pour poser une seule question!

Le constat est le suivant: quasiment tous les films tunisiens interrogent la condition féminine dans la société tunisienne. Dans la majorité des cas, les personnages principaux sont des hommes et c’est dans leurs rapports aux femmes (mères, sœurs, épouses, amantes…) que se révèle la condition de ces dernières. Dans quelques films, notamment ceux réalisés par des cinéastes femmes (mais également par des hommes), la femme est le personnage principal, et sa condition est le sujet du film ( citons parmi d’autres La Trace de Néjia ben Mabrouk, Les Silences du Palais et La Saison des Hommes de Moufida Tlatli, Bent Familia de Nouri Bouzid, Miel et Cendres de Nadia Farès, Fatma de Khaled Gorbal, Le Chant de la Noria de Abdellatif Ben Ammar, Kochkach de Selma Baccar, Satin Rouge de Raja Ammari…)

Il parait donc assez évident que le sujet de la femme a constitué un cheval de bataille de toute une génération (celle des décennies 80-90), voire même de la toute nouvelle génération. Et intentions des réalisateurs à l’appui, il s’agit immanquablement de défendre les droits de la femme à l’instruction, à l’égalité, à l’indépendance, en un mot à l’émancipation et la liberté.

A quelques exceptions près, les films tunisiens reconduisent la représentation de femmes victimes d’un système patriarcal qui les oppressent. En substance, ils disent qu’en dépit des lois et du statut du code personnel, la femme tunisienne vit encore dans un état de soumission et d’infériorité. Ce qui nous ramène au même discours élaborés sur 28 ans , depuis La Trace en 1980. Et ma réserve ici n’est pas sur la véracité ou non d’un tel discours, elle porte plutôt sur l’efficacité d’un tel discours dans l’édification des libertés que les cinéastes réclament. Le rôle du cinéma est-il d’établir des constats, ce que la sociologie par exemple réussit parfaitement? Il me semble que l’un des enjeux de la création de personnages dans les films c’est l’édification de nouveaux modèles d’identification qui puissent amener le spectateur à adhérer à de nouveaux profils et personnalités. Et c’est cela personnellement mon attente : qu’il y est de nouvelles femmes dont la liberté, l’indépendance, la différence constitue un personnage positif qui accorde aux spectateurs les mêmes libertés qu’elles ont acquis. Je crois qu’un cinéaste ne fait pas uniquement du constat sociologique, par sa vision, il participe à édifier une société nouvelle. C’est lui le promoteur de nouvelles valeurs éthiques et artistiques. Et dans ce sens, je ne vois pas que Lilia (dans Satin Rouge) ou Fatma (dans le film qui en porte le nom), à titre d’exemple, puissent incarner ces nouveaux modèles. Fatma se renie et n’assume pas ce qu’elle est, elle ne s’aime pas et n’invite pas l’autre à l’aimer . Lilia n’est pas attachante et sa révolte ne fonde pas de perspectives réelles et ne construit pas une femme à la quelle on aimerait ressembler.

J’ai bien compris que l’enjeu pour les cinéastes tunisiens est le dépassement des interdits sociaux et la défense des libertés mais il me semble que la défense de la liberté ne peut se contenter du seul discours réactif. La motivation ne devrait pas se restreindre à la seule remise en question des anciennes valeurs traditionnelles mais à l’élaboration de nouvelles valeurs.

J’en viens donc à la question: les cinéastes tunisiens veulent-ils réellement édifier cette nouvelle femme tunisienne libre, indépendante et digne? Si oui, ils devraient s’investir davantage dans l’écriture de ces nouveaux modèles de la représentation et sortir du coup de l’opposition quasi pathétique entre les femmes libres ( représentées dans les films par les femmes “libérées” et ou dévergondées -qui oscillent entre la putain et la danseuse de cabaret-) et les femmes -victimes (soumises, violées et recluses). Et pour enfoncer le clou, je dirais que si la liberté des femmes est un enjeu social , c’est d’une femme libre qui fait adhérer le public qu’il est réellement question, s’il s’agit uniquement de filmer du sexe et de l’alcool, c’est plutôt de la liberté d’expression des cinéastes eux-même qu’il s’agit. Et ce n’est pas tout à fait la même bataille!

5 Réponses vers “La femme dans le cinéma tunisien: esquisse d’une problématique”

  1. rim a dit

    Bonjour,

    votre article, m’a fait ouvrir les yeux, en fait je n’ai y pas pensé avant, mais il est vrai que personnellement je me suis toujours demandée pourquoi on ne trouve pas dans le cinéma tunisien des personnages de femmes qui sont ” ni soumies ni putes”,

  2. dhfaouzi a dit

    Bonjour :)

    J’en ai marre des films tunisiens :-(
    J’ai vu dernièrement le film “l’accident”. Je me demande pourquoi on insiste encore et encore sur le sujet de la femme en Tunisie ! ! ? Par conséquence, je me demande quel est le pourcentage des films tunisiens traitant le sujet de la femmes tunisienne du nombre total des films tunisiens ?

    Avez-vous une réponse Mme Chamkhi ?

  3. slim a dit

    concernant “l’accident” tu n’a pas eu de chance :-)

    il y a quand même des bons films tunisiens. Et il y en a de plus en plus heureusement.

    un conseil, avant d’aller voir un film vient sur ce blog. s’il n’y a pas d’article dessus, essaye d’éviter :-D

  4. soniachamkhi a dit

    le pourcentage, je ne l’ai pas calculé, peut-être une autre fois! mais les films sont effectivement nombreux et pas toujours bons hélas. la question de la femme est probablement l’arbre qui cache la forêt! et je suis d’accord que peu de films, notamment ces derniers tant forcent l’admiration, mais je continue à défendre mordicus le cinéma tunisien, raison pour laquelle j’écris à chaque fois qu’un film suscite mon intérêt. je suis quelque peu indulgente mais je m’abstiens d’écrire dès que c’est vraiment nul!

  5. dhfaouzi a dit

    Je sais bien qu’il y des bons films tunisiens, entre autres ceux qui traitent le sujet de la Femme tunisienne. Mais comme même il y d’autres sujets à aborder de près ou de loin.

    Il y a une grande variété de sujets qui touche le tunisien et lui concerne dans sa vie quotidienne.

    Merci :)

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