Doc à Tunis : Gharsallah, la semence de dieu
avril 5, 2008
Note préliminaire : Je ne suis pas Sonia. Je suis Slim, son mari. Je suis guest-star sur son blog le temps d’un article. Je tenais à le préciser parce que c’est la première fois que quelqu’un d’autre qu’elle intervient sur son blog.
Hier nous avons été à Doc à Tunis, vous le saviez déjà peut être. A la séance de 9h nous avons été voir “Gharsallah, la semence de dieu” un film documentaire de 55minutes de Kamel Laaridhi. Après la séance j’étais tellement enthousiasmé, que je me suis proposé d’écrire dessus. C’est que le film à couté 1000dinars, et que j’adore les films qui coutent 1000dinars. Il faut dire aussi que cela a pour avantage de libérer le temps pour que Sonia me fasse la cuisine.
Je ne savais rien de Gharsallah, avant le début du film Sonia m’a briefé : c’est un marabout (ولي) qui avait la spécificité d’être contemporain. Dans le sens où les gens qui l’ont côtoyé sont toujours vivants. Le film s’est avéré être une enquête filmée avec une caméra vidéo sur ce marabout. La petite équipe de tournage est allée à Dhibet (ذهيبات), le village ou il est né et ou il repose en paix, et à interrogé ceux qui voulaient bien parler sur la vie de Gharsallah.
Et c’est hilarant. Toute la salle était morte de rire. ou presque (j’y reviendrai). Dans la pratique, le résultat est une galerie de portraits, crus et sans arrière pensées. Depuis la première image ou il interroge des gosses en train de jouer, jusqu’à la dernière; où il interroge deux vieilles femmes, auxquelles le marabout a fait l’amour (en même temps) pendant leurs sommeil, la veille de sa mort. On aurait dit qu’il suffisait de placer une caméra devant un bédouin et de le laisser faire. Pourquoi personne n’y avait pensé avant? C’est que ce n’est pas aussi simple que cela. Le choix des armes est important.
Après le film il y a eu débat. Et le débat était houleux. Certains ont été offensés par le film et surtout par les rires et ont amalgamé les deux et se sont offusqués. Pourquoi est ce qu’on se fout de la gueule et de l’accent de pauvres gens (le thème du “geh” ڤ était le plus présent)? D’abord, à mon avis, personne ne s’est moqué de l’accent de personne. D’ailleurs ceux qui sont peux familiers de cet accent, n’ont pas tous compris, du coup ils ont beaucoup moins ri que les autres et se sont peut être même sentis un peu frustrés. Les autres, ceux qui sont familiers de l’accent, ne peuvent qu’être complices, même moqueurs. Il n’y a aucune méchanceté. Quand tu as deux bonnes femmes de 60 ans qui te racontent avec leurs mots, à demi feutrés, comment Gharsallah les à honorées pendant leurs rêves, avec les gestes et tout,… ce n’est pas l’accent qui est drôle, c’est la situation.
Ces gens sont pleins de bagou, de simplicité, d’humour, … de technicité sociale, je dirais. Quand Kamel Laaridhi choisit de les faire parler d’un marabout psychopathe qu’ils ont côtoyé, il est assuré du résultat. c’est ça le choix des armes.
Bienvenu chez les chtibedouins? Oui, il y a de ça, mais pas uniquement ça.
avril 7, 2008 à 8:51
Moi aussi j’ai vu au film ou le doc !! et j’ai trop apprécier le travail de Kamel. Mais le débat était trop nul, et les complexes des étudiants m’on trop choqué on doit vraiment posé des questions sur l’avenir des futures intello dans ce payé !!
avril 11, 2008 à 10:47
J’ai vu le film et j’ai une vision globalement positive. D’abord j’aime bien Kamel qui a toujours dégagé la volonté de faire la réalisation malgré sa spécialisation en Image. On voit son amour pour le côté mystérieux de la nature humaine, traduit par son amour de la poesie.
D’abord une reserve d’ordre général sur les adeptes du “nouveau cinéma” ou du cinéma des jeunes, et sur la nouvelle tendance à chercher à savoir le coût de chaque film, comme si c’était un critère (ça peut l’être si on cherche à juger où va l’argent des contribuables, à denoncer les abus observés dans le secteur de la production cinematographique, mais ce n’est en aucun cas un argument “J’aime bien les films qui coutent 1000 dinars”)En plus, c’est faux: Kamel a fait une erreur en parlant des 1000 Dinars car rien n’est comptabilisé: ni les salaires de ceux qui ont fabriqué le film, ni le dedommagement des “acteurs”, ni la location de materiel, ni…Si on veut parler de metier qui fait vivre ceux qui le pratiquent, on est loin du compte. On est dans le cas de figure de l’expérimentation amateur, avec ses qualités et ses défauts! c’est bien pour découvrir de nouveaux talents mais ce n’est pas une règle si on veut être cinéaste professionnel (vivant de son métier)
J’ai aimé la sincerité de la démarche, la mise en confiance des paysans, les quelques échappées poetiques(entrée dans le mausolée…interview du muet…). C’est un portrait intimiste d’une partie de la “Tunisie profonde”, avec sa simplicité, son humour, et surtout son anti-intégrisme radical (le naturel des débats et des discussions concernant le rapport homme-femme et le rapport au sexe sans fausse pudeur et sans hypocrisie sociale sous couvert de religion)
avril 12, 2008 à 4:31
Que voulez vous? c’est mon goût.
Quand j’ai dit “film à 1000 dinars”, j’aurais aussi bien pu dire “film a 50 582 dinars” . Et Kamel Laaridhi aussi je suppose. On voulait dire que c’est pas cher. Que c’est à la portée. Que les jeunes s’y mettent. Que vous n’avez pas besoin de subvention. Que vous n’avez besoin de personne.
Je connais quelqu’un qui a fait “un long métrage à 1000 dinars”. Je ne sais pas oû il en est maintenant, mais vous pouvez être sûr que je serais là, à la première projection payante.
C’est mon goût. Chacun a ses raisons d’aimer le cinéma. Moi, c’est la méthode qui m’intéresse. Pour vous donner une idée, en 1995 j’étais FAN de dogme95 alors qu’il n’y avait encore aucun film.
La méthode est importante. Je crois qu’avec certaines méthodes, la Tunisie peut faire 2 films par an et qu’avec d’autres on peut faire 100 films par an. Et je crois que la deuxième méthode est la meilleure.
La qualité? pour vous artistes, c’est un concept flou, pour moi, technicien c’est un concept précis. Je sais par exemple la différence entre contrôle qualité et assurance qualité. Et que dans le cas du cinéma tunisien le contrôle est (malheureusement) fait par le public. L’assurance qualité, elle dépend de la méthode. Je sais par contre qu’elle ne dépend pas de la quantité. C’est pas parce qu’on va faire plus de films, qu’ils vont être de moindre qualité. ça n’a rien à voir.
Parfois, malheureusement, on est temporairement dans l’impossibilité d’améliorer la qualité. Parce que ça demanderait une infinité de ressources (argent, compétences, etc…). Dans ce cas, en général, il faut attendre. Il faut attendre que la nouvelle génération arrive, en particulier, dans le cas du cinéma tunisien.
La question est maintenant “est ce qu’on peut faire plus de films avec la même qualité?” Et la réponse est “oui”. Ce n’est pas une extrapolation, c’est une constatation. C’est ce qu’on est en train de faire. Et on fait bien de faire ça.
Un beau film c’est d’abord une belle histoire. On peut filmer une belle histoire avec un téléphone portable. La magie est dans l’histoire pas dans la pellicule. Une belle image, une belle bande son, un beau montage améliorent la qualité. Mais pas assez significativement pour justifier leurs prix. Et puis ils nécessitent de la compétence rare.
Longue vie à Kamel Laaridhi et Jilani Saadi. Et qu’ils fassent beaucoup d’émules.