Aziz, Huit ans, présumé terroriste
avril 4, 2008
Je viens de voir dans le cadre de Doc à Tunis (du 3 au 6 avril), un film de 52 min de Jelel Bessaâd, intitulé AZIZ.
Le film raconte (cf. synopsis) comment le jeune garçon subit la violence des images véhiculées par la télévision: les dessins animés, les dépêches et autres reportages de la chaine de télévision Al-Jazira consacrés à la Palestine et à l’Irak. Aziz exprime (toujours selon le synopsis fourni par le réalisateur) cette agression par des dessins qui représentent un monde iréel, dominé par un ennemi non moins iréel, “Busharon”
la salle Ibn Rachiq (rénovée et fort agréable) a affiché comble: d’abord les protagonistes du film, familles et voisinage de Aziz, les étudiants , nombreux et très motivés, et puis les habitués des festivals de Cinéma à Tunis. A la fin du film, la salle a applaudi, crié victoire à en perdre le souffle! un enthousiasme total qui a poussé Jalel Ben Saâd a soulevé, haut le corps, le jeune Aziz et à crier à son tour: c’est Aziz qui a fait le film.
Alors qu’a fait Aziz:
- il regarde, à sa guise et sans contrôle tous les super héros des dessins animés. il dessine très bien. c’est un surdoué de la Bd. il reproduit leurs combats, leurs tueries. mais il est d’une lucidité désarmante: c’est du dessin, c’est de l’imaginaire dit-il, il n y est jamais question de réalité. jamais je n’aurais tué dans la vie
- il regarde les chaines arabes dont NileTV et essentiellement Al-Jazira. il dessine les personnages du film culte Le Message (errisala): Hamza, Bilel, Hind et compagnie. il les aime car ils aiment dieu et lui ce “Dieu” il le vénère.
- il commence à parler des juifs et à les dessiner. mais là il ne s’agit plus de dessins imaginaires. Aziz se projette dans l’avenir: il déteste d’ores et déjà un juif composite (Bush+Sharon) et compte, dès qu’il aura grandi, le tuer sinon s’il meurt tout seul , il tuera ses descendants et puis très vite, il bascule davantage: il tuera tous les juifs sauf un parce que ce dernier se sera converti à l’islam.
Autour de lui sa mère et son grand-père s’inquiètent un peu de cette violence en lui. car eux ils nuancent: ils ne haïssent pas tous les juifs mais les sionistes uniquement. apparemment seul Aziz fait des amalgames! mais disons au passage que sa mère est voilée et que le grand père lui apprend le coran par cœur en insistant sur la prononciation mais sans jamais lui en expliquer le sens (si l’on peut estimer qu’un enfant de 8 ans peut comprendre le sens de sourates souvent polysémiques)
la salle, je disais donc était en extase, c’est la ferveur ( ça sent le religieux), c’est le pathos (ça pue le populisme, l’emphase et l’effusion). on est heureux, entre nous, frères et sœurs de sang, tous musulmans, tous victimes oppressées, quel bonheur de l’unanimité, de la fusion! pas l’ombre d’un étranger, d’un “gaouri”et d’un mécréant!
et nous sommes tous d’une énorme subtilité: nous détestons les sionistes, mais pas les juifs (sans oser un seul instant envisager que nous pouvions les aimer! ). mais cela, uniquement dans l’intention car dans le film, il n’ y a pas un seul plan, un seul commentaire qui montre, démontre, incarne cette nuance et qui dénonce l’endoctrinement d’un petit garçon, représenté comme un présumé terroriste (est-ce une nouvelle névrose infantile?)
donc voilà ce que je reproche au Film et à son réalisateur. et je vais commencer par les choses qui ne fâchent pas:
- d’être, -en dépit de ses bonnes intentions- l’ennemi de sa propre cause. en faisant de Aziz une sorte de représentant ( et oui tout acteur de la représentation est un représentant!), un élu (comme le représentant du peuple: le député!), il avance l’image d’enfants tunisiens (et par extension -et amalgame- arabe et musulman) endoctrinés, haineux, et prêts à manger du juif. et parce que son film n’ a pas de parti pris (selon ses dires au débat qui a suivi la projection , il ne fait qu’exposer !), et qu’il n’envisage apparemment pas qu’un spectateur étranger ( pas au courant de ses intentions à lui et de la subtilité des sentiments des tunisiens vis -à- vis des non musulmans et des juifs en particulier) comprend ce film comme il se présente: les enfants des musulmans sont des terroristes en herbe. Ce n’est pas ce qu’il veut dire, mais j’aurais été juive à Israël, ou française ou danoise, c’est cela ce que j’aurai compris et rien que cela;
-et maintenant les choses qui fâchent!
en laissant ses nobles intentions hors champs, Jalel Ben Saad a marché sur une corde raide. Il a effroyablement fait plaisir à monsieur lambda (la salle en gorgeait!) , celui-là même qui une fois avancée l’hypothèse de sa distinction entre les juifs et les sionistes déverse sa haine, ne se remet pas en question et s’aveugle sur les raisons de sa déprime, de son oppression et de sa déchéance. Car si toute la salle, le réalisateur compris, a condamné la télévision (comme si elle s’allumait toute seule et imposait ses programmes!), personne n’a pointé du doigt l’environnement familial, donné pour représentatif des musulmans modérés, sans que cette “modération “ne l’empêche de générer un enfant de 8 ans absolument prêt au jihad!
c’est dire, comme tout un chacun le sait, que la route de L’ENFER est pavée de bonnes intentions!
avril 4, 2008 à 9:12
“personne n’a pointé du doigt l’environnement familial, donné pour représentatif des musulmans modérés, sans que cette “modération“ ne l’empêche de générer un enfant de 8 ans absolument prêt au jihad!”
Très vrai. Et très grave.
avril 5, 2008 à 6:13
[...] nous avons été à Doc à Tunis, vous le saviez déjà peut être. A la séance de 9h nous avons été voir “Gharsallah, la semence de dieu” un film [...]