L’histoire vacille entre deux eaux. Traverser les eaux troubles et ne pas écarter de soi les grenouilles froides et les crapauds fiévreux. A travers les eaux, Leïla entrevoit mieux. Son histoire, un roman-photo ou un vaudeville. Mais parce qu’il flotte sur l’eau, au lieu de se noyer, il est gros comme une femme enceinte ou comme la cargaison d’un vieux bateau rouillé en partance du port de Bizerte. Il se dilue comme une aquarelle ou un lavis. Les images brouillées ignorent la fermeté du trait; imprégnées d’eau, elles laissent s’infiltrer le corps du souvenir, le corps meurtri.
Divagations, délires et fantasmes amoureux qui peignent le portait de deux femmes tunisiennes d’aujourd’hui : l’une aime, l’autre pas. L’une écrit et l’autre commet le crime. Leila est en quête du Sens : face à la finitude, elle cherche la vérité, elle se veut lucide, elle veut comprendre les règles du jeu. Elle dit je et se voile. Nada est son épreuve de la nudité. Nada invente et révèle l’amour exalté, l’amour mensonger, l’amour tyrannique…
L’une et l’autre le savent : dans leur pays il n’y a plus d’hommes : leur absence est dérisoire, leur présence est un leurre.
Nada affronte la mort, Leila se mesure au Verbe : c’est une éternité sans l’Autre …
note: rendez-vous à la dédicace du roman, soit le mercredi 30 avril à 17h à l’espace rencontre de la foire du livre au parc du Kram, soit le jeudi1er à 15h au stand Clairefontaine, toujours à la foire
dédicace de Leïla ou la femme de l’aube, le 1er Mai à 15h, au stand de Clairefontaine, à la Foire du Livre au Parc du Kram
avril 27, 2008
Résumé: Dans son nouveau logis et les décombres de ses souvenirs, Leïla écrit à son amoureux d’enfance, Iteb, qui vit en Belgique. Elle lui écrit ses révoltes, sa solitude, ses égarements. Elle écrit et se rappelle leur incapacité à se retrouver. Est-ce parce sa mère l’enjoint à épouser un Blanc ? Noire, elle n’a de cesse d’interroger sa peau. Cinéaste, son horizon de liberté. Femme, sa sensualité. Leila renonce au plaisir charnel. L’amour, c’est Nada, l’amie de l’adolescence, qui ose le vivre. Jusqu’à se perdre et commettre le crime.
Note de l’éditeur: Sans détour, Leîla ou la femme de l’aube parle du racisme, de la lâcheté des hommes, du lien à la mère et de la pression sociale dans un monde arabe contemporain. Sonia Chamkhi signe là un premier roman qui soulève bien des tabous
Note de l’auteur: à l’espace rencontre, au parc du Kram est prévue le mercredi 30 à 17h une rencontre débat, autour de mon roman mais également du récit de Kaouther Khlifi “Ce que Tunis ne m’a pas dit” dont je vous ai déjà proposé une note de lecture. soyez nombreux aux rendez-vous du 30 avril et du 1er mai
Notes de lectures: je vous propose de lire l’article de Adel latrech publié dans le quotidien La Presse de Tunisie
Artiste
avril 20, 2008
Qu’est-ce’ qu’un artiste aujourd’hui? un faiseur d’icône, un grand imager ? un inspiré ? un talentueux ? un génie ? un homme du savoir ?. Qu’est-ce qui importe le plus dans ce métier ( et statut) galvaudé qu’est celui de l’artiste ? Je ne disserterai pas sur le talent, le génie, ni même le savoir faire indispensable à tout créateur, je souhaite juste insister sur le fait que si l’ artiste devait se contenter d’un seul statut ça sera celui d’innovateur. Un artiste est forcément un créateur de nouvelles valeurs, un perturbateur, un subversif dans la mesure où il est tendu vers une différence radicale, vers un inconnu. Il est d’emblée anti-conformiste. Il se méfie de tout ce qui est statisme, immobilité, fermeture. Il est cet un arpenteur de l’ailleurs. Tendu vers le devenir, il est forcément marginal : parce que la norme est un fait de l’institutionnel, et du traditionnel, l’artiste s’en démarque. Ce qui est institué est forcément clos, la tradition est un système de valeurs figé, or l’art érige la rupture comme fondement. L’artiste est cet homme de toutes les ruptures : rupture avec le dogmatique, avec les systèmes de représentations et avec l’habitus social. Il est cet être de la remise en question : à chaque fois que ses contemporains se complaisent dans un système de valeurs qui devient dictatorial à force d’être érigé en modèle unique, il tire l’alarme, rappelle le droit à la différence, à la pluralité et à la singularité de chacun ; c’est que l’artiste est cet être qui ne ressemble à personne. Il incarne la différence. Avant d’être une technicité, un savoir faire, ou même un talent, l’art est d’abord un rapport à la vie. Ce rapport est sain lorsqu’il est comme la vie elle même : changeant, versatile. Lorsqu’il incarne des forces : de rupture, de surgissement, d’instinct. C’est pourquoi l’artiste est cet être de l’excès, du débordement. C’est à ce seul prix qu’il peut répondre à sa véritable vocation : la transgression des valeurs établies. Evidemment c’est dans son art que l’artiste accomplit ces métamorphoses : la transgression de la réalité sociale et la transgression des formes (de l’art académique, c’est-à-dire institutionnel et officiel) sont les deux faces d’une même recherche. C’est par les ruptures qu’il introduit dans la pratique artistique elle-même que l’artiste défend la différence, le changement comme rapport à la vie : il invente un homme nouveau, donc différent en inventant une manière nouvelle de représenter le monde. L’artiste à un seul parti pris le réel ( ou la vie) et celui-ci jure avec le système institué. Prenons un seul et unique exemple pour illustrer mon propos : l’artiste italien Pasolini ( poète, sémiologue et cinéaste). Ce dernier fortement engagé, absolument concerné par la société et ses débats d’idées avait parfaitement compris que même si le cinéaste inclut les thèmes sociaux, la création se doit de vider les velléités d’ancrage dans la réalité : La culture est à la fois le chemin et l’obstacle dans la saisie du réel affirmait-il. Il a réinventé le cinéma, la manière de filmer, de représenter pour nous raconter l’unique challenge que se donne tout artiste authentique : dépasser l’expérience du manque, vaincre l’impuissance à capter le réel, et réussir à entrer en contact avec la vie. Pour cela l’artiste se doit d’égaler la vie elle même. Il se doit d’être un créateur, un inventeur. Ne se contentant jamais de ce qui existe, de ce qui revêt l’aspect de la mort à force de statisme, de redondance, il insuffle la vie en plantant les germes du renouvellement, de l’inattendu et de l’accidentel. il sème la différence là où les autres fétichisent la ressemblance, l’identique et le normatif.
La narration filmique dans le cinéma tunisien
avril 17, 2008
Le dit et le dire
Cette problématique de la narration filmique dans le cinéma tunisien est une question sur laquelle je me suis longuement penchée. En effet, j’y consacre un chapitre dans mon livre « Cinéma Tunisien Nouveau –Parcours Autres- et il m’est souvent arrivé d’y consacrer des articles dans les journaux tunisiens. Aussi, Je vous communiquerai aujourd’hui l’essentiel des hypothèses émises lors de ces publications et je saisirai également cette opportunité pour approfondir cette approche par de nouvelles considérations que l’actualité du cinéma tunisien et notamment ces dernières années me pousse à questionner.
Les tentatives innovatrices : comment dire ?
Les études que je viens de mentionner s’intéressaient principalement à une période clé du cinéma tunisien et qui couvre les années 80-95 et notamment à travers des films représentatifs de la dite période à l’instar de Ya Soltane El Médina et Hammam Dhab de Moncef Dhouib, L’Homme de Cendres et Les Sabots en Or de Nouri Bouzid, La Trace de Nejia Ben Mabrouk et Le Silence des Palais de Moufida Tlatli.
Il m’a alors été donné de relever que la majorité de ces films, privilégient les formes narratives complexes et principalement « le récit double ». Ce récit, dont la structure repose sur la fragmentation et la rupture avec l’agencement chronologique classique, permet l’imbrication permanente de différents niveaux de temps et de réalité. Ainsi, passé, présent, réalité, souvenirs et rêves s’entremêlent dans une structure complexe qui demande au spectateur un travail de reconstruction de l’histoire.
Il semble évident que les cinéastes tunisiens se sont inspirés des différents modèles élaborés dans les années soixante par les auteurs européens et notamment par des cinéastes de cette période qui se sont illustrés par des démarches et des thématiques singulières, à l’instar d’Alain Resnais et le thème de la mémoire - citons, entre autres, Hiroshima mon Amour (1959), L’Année Dernière à Marienbad (1961), Muriel (1963), François Truffaut et les thèmes de l’enfance et de l’union conjugale (Les 400 coups, Baisers Volés, Domicile Conjugal (1970) … Thèmes qu’on retrouve également, chez Bergman (Fanny et Alexandre, Les Fraises Sauvages , Persona …).
Les acquis et les prudences. Cependant, cette influence demeure discrète. En réalité, les uns comme les autres avaient un tel souci de l’intelligibilité des histoires racontées et du discours qu’elles véhiculent que cette complexité du récit double a souvent été résorbée par des procédés stylistiques de mise en scène qui finissent par réduire l’aspect novateur de cette démarche au profit d’une appréhension nettement plus classique et disons-le moins ambitieuse quant aux impératifs à proprement parler artistiques.
Les risques novateurs entrepris dans la structure narrative sont le plus souvent atténués par une mise en scène qui s’inscrit dans le respect des structures formelles qui assurent la transparence du propos : ponctuation des séquences, démarcation entre les différentes temporalités narratives et recours à des figures conventionnelles qui assurent l’homogénéité du récit et sa fluidité. Dans la majorité des films, la complexité du récit double (passé/ présent) est atténuée par un ensemble de figures formelles et stylistiques : développement causal des événements du récit qui se succèdent selon un cheminement prévisible : les deux temporalités (passé/ présent) sont restituées selon un procédé nettement marqué, sans ellipses et lorsque, exceptionnellement l’ellipse est importante, il y a recours à la voix off qui « suture » les moments manquants.
Du coup, il faudrait mentionner plutôt les exceptions, c’est-à-dire le cas où les choix de mise en scène affirment et confirment des choix narratifs novateurs. Significatifs sont à cet égard Ya Sultane El Médina de Dhouib, Les Sabots en Or de Bouzid, Traversée et Chichkan de Mahmoud Ben Mahmoud ou encore Arab du collectif Nouveau Théâtre. Il s’agit de films qui se libèrent davantage de l’impératif de l’intelligibilité de l’histoire et de la clarté du discours et se donnent dans une appréhension plus ambiguë et plus complexe où se mêlent des évènements narratifs du passé et du présent, des situations vécues par le personnage ( ou les personnages ) et des visions oniriques ou fantasmagoriques.
Les exemples cités montrent en réalité que face à la nécessité de raconter, de dire de nouveaux personnages et de nouveaux enjeux, les cinéastes en question se sont confrontés à la nécessité de dire autrement, c’est-à-dire d’expérimenter de nouvelles formes narratives qui exigent évidemment de nouvelles appréhensions de mise en scène. Ceci a eu le double avantage de renouveler les thématiques abordées dans les films et de les faire coïncider avec les nouvelles réalités de la société tunisienne et de placer le cinéma tunisien parmi les cinématographies reconnues et estimées à l’échelle arabe et méditerranéenne voire européenne.
La relève, que dire? Mais si les exceptions peuvent, si aisément, être citées c’est parce que d’une manière assez générale, le cinéma tunisien n’a que fort peu investit les multiples alternatives narratives auquel un film peut prétendre. La majorité des films tunisiens oscillent donc, encore, entre tentation moderne et relents classiques, et force est de constater que les films les plus audacieux s’abstiennent néanmoins de mettre en abîme les règles conventionnelles et les structures approuvées. Aujourd’hui la génération tant célébrée des années 80-95 continue à faire des films. Moufida Tlatli a réalisé La Saison des Hommes, Nouri Bouzid, plus prolifique, a signé entres autres Poupées d’argiles et Making Off, Moncef Dhouib a opté pour une comédie légère La télé arrive, Abdelatif ben Ammar a mis en scène Le Chant de la Noria, etc…Les uns ont confirmé leur attachement au classicisme, à l’instar de Moufida et de Abdelatif, tandis que Nouri Bouzid a affirmé sa volonté de concilier cinéma populaire (de qualité) et audace énonciatrice ( notamment grâce au film dans le film qui consacre sa confrontation avec le « héros » du film), tandis que Moncef Dhouib, pragmatique et intelligent, a privilégié nettement la veine populaire à toute autre considération. Ces cinéastes confirmés, n’ont donc pas surpris par de nouvelles audaces significatives thématiques et/ou esthétiques, mais dans l’ensemble ils n’ont pas déçus non plus. Du coup, cet élan de fraîcheur et d’innovation, c’est plutôt du côté de la toute récente génération, la troisième si l’ont veut, que nous le guettons? Alors qu’en est-il?
Effectivement, une nouvelle génération signent ces dernières années, leur premier film, voire pour quelque uns, leur deuxième. C’est le cas de Mohamed Zran ( Essaida , le Prince), Jilani Saâdi (Khorma, Tendresse des loups), Moez Kammoun (Paroles d’hommes), Naouefel Saheb Ettabeâ (El Khoutbia), Nadia El Féni ( Beduin Harker), Raja Amari (Satin Rouge ), Mokhtar Ladjimi (Bab El arch), Néjib Belkadhi( VHS. Kahloucha), Elyess Baccar (Hia wa Houa)
Et il apparaît d’une manière assez évidente que la majorité de ces cinéastes se situe (dans la forme et dans le fond) directement dans le sillage de leurs aînés (Bab EL arch de Laâjimi, Paroles d’Homme de M.Kamoun), par bifurcations pour certains (Satin Rouge de R. Ammari et Saida de M. Zran) et parfois par le biais d’un retour en arrière (Fatma de K.Gorbal, El Koutbia de N. Saheb Ettabaâ, Hia wa Houa de I. Baccar). Ces films ne cessent donc de puiser dans la brèche ouverte par les aînés. Mais ils se mesurent d’une manière inégale aux acquis formels et stylistiques sus-mentionnées relatives à l’inventivité narrative et à l’investissement de la matière expressive. Il y a à notre avis, ceux qui s’en sortent honorablement, à l’instar de Paroles d’hommes M.Kamoun , de Satin Rrouge R. Ammari et d’El khoutibia N. Saheb Ettabaâ mais également ceux qui ratent le coche, accusant un certain recul à l’instar de Hia wa Houa de I. Baccar, de Bab EL arch de Laâjimi et de Fatma de K.Gorbal. Ces derniers présentent la défaillance de recourir à des contenus éculés, de faire références à des écritures datées ou de cumuler les deux…
Il est certes quelque peu prématuré d’évaluer à sa juste mesure les nouvelles tentatives mais il n’en demeure pas moins évident que parmi les films tunisiens de cette nouvelle génération ceux qui ont concerné leurs récepteurs –public et critique ou les deux à la fois- sont ceux-là même qui ont raconté des histoires inédites, qui ont profilé des personnages singuliers, qui ont arpenté des espaces jusque là refoulés et ont investi le présent ( à l’instar de VHS Khaloucha et de Khorma et dans une moindre mesure de Saida) . Par contraste donc, ils se sont libérés du roman familial bourgeois, des personnages standardisés (les femmes battues, les hommes symboliquement castrés), de la médina et autre métaphores de l’espace traditionnel et du retour sur le passé, parabole d’une mémoire perpétuellement traumatisée.
Cette relative percée est néanmoins, à notre sens, fort révélatrice. Ses réussites nous confortent dans la nécessité d’innover, de surprendre, de transgresser les injonctions symboliques et les formes établies; et prouvent que seules l’audace et l’inventivité créative inaugurent la sympathie et la transitivité.