Khorma de Jilani Saadi

mars 22, 2008

Khorma, ce héros

Khorma, le premier long métrage de Jilani Saadi a eu un succès public considérable lors de sa première projection aux JCC 2002 et a marqué le début de carrière d’un cinéaste talentueux.  Voici succinctement  les raisons pour lesquelles Khorma a pu à la fois concerner les spectateurs tunisiens et forger le respect de la critique.

Un personnage hors du commun

Le film est construit, porté de bout en bout par « Khorma », un jeune homme de vingt ans dont le quotidien misérabiliste ne le destinait point à devenir un héros emblématique d’une fiction cinématographique ! En effet, la force principale du film de Jilani Saadi c’est d’avoir osé faire d’un apprenti de vendeur d’eau au cimetière, un héros à part entière. Khorma, le méprisé, mi Don Quichotte, mi-candide, s’arrache d’un coup sa part de soleil et réalise un authentique coup de renversement. Celui que les gosses taquinent, que les adultes négligent, fait du commerce de la mort son royaume et devient ainsi non seulement l’esprit organisateur de toute une entreprise économique ( !), mais forge désormais le respect de toute une communauté qui ne badine ni avec la mort ni avec ses rituels sacrés !

Incarné par Mohamed Griaâ, un comédien au talent époustouflant, Khorma a tout d’un héros à la fois comique et tragique. D’abord l’allure : des cheveux roux, une dentition en dents de scie, et des gestes abracadabrants, ensuite la profondeur, une sorte d’arrière fond qui laisse suggérer toute la fragilité et la vulnérabilité d’un marginal qui croit naïvement à son heure de gloire. C’est d’ailleurs dommage que Jilani Saadi ait éprouvé le besoin de punir Khorma d’avoir osé rêvé son ascension et sa délivrance. Une fin moins tragique aurait inauguré d’une solution imaginaire aux vrais drames d’une société qui renie sa marge et montre à son encontre une violence somme toute ordinaire.

Une atmosphère originale

Tourné à Bizerte, la ville natale du réalisateur, Khorma fait découvrir aux spectateurs d’autres paysages, d’autres lieux. Alors et si le spectateur se plaira à reconnaître certains lieux familiers entre port, plage, café et ruelles nous ne pouvons taire notre regret de voir la représentation filmique du cimetière, lieu premier du film, se réduire à deux ou trois timides apparitions. En réalité le deuxième motif fort du film est justement ce lieu emblématique de la mort. C’est lui qui aurait du imprégner au film toute son atmosphère plastique et iconique. Ceci aurait probablement fait gagner au film en force expressive et en universalité du propos. Jilani Saadi a visiblement opté pour une approche plus proche de la comédie, plus soucieuse d’élaborer des situations drôles que de générer de la densité visuelle et dramatique. Cette option pragmatique peut d’ailleurs s’avérer payante ! A en croire les réactions fortement complices, aux éclats de rire des spectateurs lors des précédentes projections, le public tunisien semble très sensible à la veine comique et populaire. D’ailleurs l’omniprésence de la voix de la chanteuse Fatma Boussaha fait peser sur le film le spectre du populisme. Jilani Saadi s’est-il trop soucié de plaire au public de masse ? Qu’à cela ne tienne, son sens de la direction des comédiens, son regard à la fois engagé et tendre, sa foi en la simplicité et son humour parfois décapent font que Khorma dégage une atmosphère de fraîcheur et de sincérité suffisante à elle seule à forger notre respect et notre sympathie.

Laisser un commentaire