je vous conseille de lire
février 27, 2008
Ces derniers mois, j’ai lu quelques romans, dont Chronique d’un décalage de Azza Filali, Ballaciner de Le Clézio, Mes mauvaises pensées de Nina Bouraoui, La double conversion d’Al Mostancir de Hubert Haddad et puis j’ai relu le Désert d’Albert Memmi. je vous recommande de lire d’abord Albert Memmi, un conteur talentueux, un écrivain impressionnant qui allie l’art de raconter une histoire très attachante à un style maitrisé, fluide, foisonnant et qui coule comme un fleuve tranquille. A cela, il faut ajouter la sagesse de l’homme, la finesse d’un esprit subtil et la profondeur de la compréhension des choses de la vie: une maturité issue d’un vrai commerce des hommes et une écriture d’une force et d’une inventivité époustouflantes!
Nina Bouraoui est également un grand écrivain et un talent incommensurable. l’on ne pas dire qu’elle raconte une histoire au sens usuel du terme: c’est plutôt des états, des atmosphères, des digressions. mais quel souffle! c’est imagé, c’est sensible, et c’est absolument musical, un sens inné des sonorités (des mots), du rythme (des phrases) , une sorte d’orfève, en quelque sorte, de l’écriture.
Azza Filali, signe avec son dernier roman, l’un si ce n’est son meilleur écrit jusque là. c’est d’abord une histoire, très actuelle, dans une Tunisie sans fards, autour d’une famille bourgeoise certes mais dans le quotidien est révélateur des tensions au sein de toute famille: histoire de couple sans passion ou dont l’amour s’est émoussé, de frères et de sœurs séparés par l’héritage, d’abord matériel -évidemment-, ensuite immatériel - et c’est moins anodin!- où l’on accorde point la même valeur ni le même contenu à cette épineuse question de “réalisation de soi”: quelle place peut occuper l’écriture, le voile, la carrière, l’enfantement, la mémoire des morts …comme le titre l’indique, le personnage principal a choisi “le décalage”, il ne partage pas les “valeurs unanimes” et s’est inventé une sorte de double qui va jusqu’au bout de sa solitude: une femme qui se balade, prend le train et déambule…
Ballaciner, en dépit d’un titre très poétique et très prometteur est quelque peu décevant: nous sommes loin du Procès Verbal du même auteur, la fantaisie et l’inventivité, le “décalage” de la vision a cédé la place à une écriture et un point de vue très lisses et très sages, à la limite du conformisme intellectuel où l’on célèbre les mêmes choses si ce n’est les mêmes auteurs…quant à Hubert Haddad, que je découvre pour la première fois, c’est probablement un disciple du soufisme, son écriture est à la fois savante et quelque peu affectée, à conseiller donc aux adeptes…